Débutons par ce qui nous a un peu peinés. Premièrement, Intel n'a pas vraiment bougé : la société trime depuis 2015 (et l'arrivée de Skylake, qui était heureusement une réussite) et 2020 n'a pas été l'année du retour en grâce. En fait, il s'agit de l'année ou l'absence d'innovations et de nouveautés a commencé à vraiment se voir, parce qu'AMD est montée en force. Pour résumer, les CPU pour les ordinateurs de bureau restent en 14 nm (un procédé inauguré en 2014 avec Broadwell) et Intel pousse la technologie dans ses retranchements, ce qui amène des puces qui consomment trop. Le 10 nm, lui, fonctionne assez mal et même si la marque a commercialisé sa troisième série de processeurs mobiles en 10 nm cette année (Tiger Lake, après Ice Lake et Cannon Lake), l'ensemble demeure assez moyen dans l'absolu. Intel a aussi lancé sa première carte graphique dédiée depuis le siècle dernier en 2020, mais l'Iris Xe Max, en plus de ne pas réellement être disponible (une constante, nous allons le découvrir dans la suite), n'impressionne pas vraiment.
Le « GPU » d'Intel. vendu comme un accélérateur pour les créateurs.
Le « GPU » d'Intel. vendu comme un accélérateur pour les créateurs.

Les joueurs, cette vache à lait.

Deuxième chose un peu dommage, les accessoires pour les pigeons joueurs prolifèrent. Allez faire un tour dans un magasin de meubles, et vous verrez des sièges baquets colorés pour les streameurs, vendus bien trop cher pour ce qu'ils proposent. Toutes les marques semblent considérer que les joueurs sont riches et peuvent claquer leur argent dans des chewing-gums pour gamers (pardon, g4m3rs), dans des souris et claviers hors de prix ou dans des périphériques idiots. Le tout, bien évidemment, en finançant les usines qui commercialisent des LED, parce qu'un truc de joueurs ne peut pas être sobre. Dans l'absolu, si les objets en question étaient convaincants, tout ceci ne serait pas un problème, mais il faut bien avouer que les fabricants utilisent tous les mêmes grosses ficelles, en achetant des produits basiques sous licence et en mettant un logo et beaucoup (beaucoup) de LED pour faire passer la douloureuse.

Une image à peu près représentative de ce que les fabricants pensent être un PC de joueur en 2021.
Une image à peu près représentative de ce que les fabricants pensent être un PC de joueur en 2021.

Pour Nvidia, tout va bien.

Maintenant, parlons de Nvidia et AMD. Chez les verts  – couleur historique de Nvidia –, le lancement des nouvelles GeForce RTX (Ampere) est un succès. La gamme se complète rapidement (une GeForce RTX 3060 sera peut-être sortie quand vous lirez ces lignes), les performances sont réellement excellentes, les prix – au moins théoriques – plus bas (et heureusement) qu'avec la génération précédente. Mais vous le savez aussi, surtout si vous avez essayé d'acheter une carte, le succès a un coût. Les GeForce RTX 3000 sont en rupture permanente, et si la réussite des cartes est une partie du problème, ce n'est pas le seul. Pour le patron de Nvidia, c'est malheureusement cauchemar en cuisineNote : 1 : les nombreux problèmes de production empêchent les GeForce d'arriver dans les étals. La disponibilité a aussi un effet secondaire un peu énervant pour les joueurs : si celles vendues par Nvidia affichent le prix recommandé, celles des partenaires sont beaucoup plus onéreuses. Ce n'est pas nouveau, et les modèles modifiés par Asus, MSI ou d'autres ont toujours été commercialisés à un tarif plus élevé, mais cette année la différence est parfois impressionnante. Et – surtout – les constructeurs qui cassent généralement les prix avec des cartes sans fioritures restent nettement au-delà du raisonnable, ce qui a un impact assez visible sur le coût des PC complets. Mais ne boudons pas notre plaisir : si vous avez réussi à obtenir une des GeForce en question, vous avez pu constater que les promesses de Nvidia sont tenues.

Note 1 : Vous ne comprendrez cette blague que si vous avez vu la présentation des cartes. 

Le patron de Nvidia, confiné dans sa cuisine.
Le patron de Nvidia, confiné dans sa cuisine.

Pour AMD aussi, en fait.

Du côté d'AMD, tout va bien, merci pour eux. Dans les GPU, après une architecture RDNA (Radeon RX 5700) assez correcte mais incapable de lutter face au haut de gamme de Nvidia, 2020 a vu l'arrivée des puces RDNA 2 (Radeon RX 6800 et 6900). Et ces dernières sont tout à fait au niveau des GeForce dans les jeux, sauf si vous aimez le ray tracing. Après des années de vaches maigres dans ce domaine, c'est assez inespéré qu’AMD propose des cartes graphiques compétitives, même s'il faut bien avouer que les GeForce gardent encore l'avantage sur les fonctions annexes. Mais c'est évidemment dans les CPU qu'AMD impressionne. Après un Zen 2 (Ryzen 3000) en 2019, l'arrivée de Zen 3 (Ryzen 5000) en 2020 a été un coup de maître. D'abord parce que le timing était serré (honnêtement, en début d'année nous n'y aurions pas cru), ensuite car les gains sont intéressants. AMD affiche pratiquement 20 % de performances en plus sans devoir aller chercher un benchmark obscur (oui, les jeux sont plus rapides), sans exploser la consommation et en gardant la même gravure. Les Ryzen 5000 souffrent malgré tout d’un problème identique aux GeForce RTX, une disponibilité hasardeuse, mais si vous arrivez à dénicher un Ryzen 5 5600X au prix public (vers 300 €), vous devriez être ravis. Enfin, AMD a sorti ses APU Zen 2, nom de code Renoir : ils se trouvent dans les PC portables sous la dénomination Ryzen 4000 et ils impressionnent. Si ce domaine était la chasse gardée d'Intel depuis des années, AMD a réussi à proposer un CPU performant et économe, avec une partie graphique valable (sauf pour les joueurs, comme d'habitude). 

Ainsi, vous l'avez compris, même si la disponibilité des composants a représenté un (gros) problème en 2020 (et il n'est pas réglé en 2021), l'année a aussi été très intéressante avec de nouveaux CPU et GPU qui (pour une fois) changeaient vraiment les choses. Espérons que les constructeurs continueront sur leur lancée en 2021.

La nouvelle gamme Ryzen 5000 remporte tous les suffrages.
La nouvelle gamme Ryzen 5000 remporte tous les suffrages.