Évitons les circonvolutions, trouver une carte graphique reste une tannée. Les constructeurs ont beau sortir de nouveaux modèles rouges ou verts, les prix s’envolent chez les revendeurs et l’achat demeure incertain quand il n’est pas impossible. Pour remédier à l’absence factuelle d’entrée de gamme, AMD se fend de la Radeon RX 6500 XT et son GPU Navi 24. Il a un avantage : il s'agit du premier GPU grand public fabriqué avec le procédé de gravure N6 de TSMC (un 6 nm qui est un 7 nm amélioré, mais soit). Annoncés à 199 $ outre-Atlantique, c’est entre 299 et 399 € que les premiers modèles sont immédiatement partis sur les sites de référence, un prix bien éloigné de ce que l’on a pu connaître, et dont il faut probablement faire le deuil.

Il était un petit Navi.

Dans son segment, la RX 6500 XT a été pensée avec tout ce qu’il est possible de limiter afin de réduire son prix. Si le Navi 14 de la génération précédente (celui des Radeon RX 5500 XT) était intéressant, le Navi 24 est vraiment trop limité. Premièrement, AMD a réduit les unités de calcul à 16, contre 22 dans Navi 14 et 28 dans Navi 23 (celui des Radeon RX 6600). La marque tente bien de compenser le nombre d'unités avec une fréquence élevée, mais dans les faits, on se retrouve avec la même puissance de calcul dans les Radeon RX 5500 XT et 6500 XT (ou presque) : 5,2 et 5,3 téraflops. Ensuite, le bus mémoire passe sur 64 bits (au lieu de 128 bits) avec là aussi une augmentation de la fréquence : la GDDR6 passe de 14 à 18 Gb/s. Pas de quoi pavoiser : l'Infinity Cache descend à 16 Mo avec une bande passante plus faible que la RAM (mais une latence plus faible) et on passe donc de 144 à 87 Go/s. Ensuite, AMD a diminué la largeur du bus : la carte s'interface en PCI-Express 4.0 4x (8 Go/s) ce qui est suffisant... sur une carte PCI-Express 4.0. SI vous avez une configuration un peu ancienne, le débit risque de limiter les performances. Enfin, AMD a aussi coupé dans la partie multimédia : il n'y a pas de moteur d'encodage et le moteur de décodage se limite aux codecs courants. Les bons points sont donc une consommation en baisse (107 W au lieu de 130 W) et une puce compacte, donc peu onéreuse. AMD n’avait pas sorti une carte aussi petite depuis la RX550 et l’architecture Polaris 12, la réduction de la taille du nouveau chip Navi 24 permet aussi de revenir à une taille de carte beaucoup plus raisonnable. Mesuré à 107 mm², le die apparaît comme minuscule une fois comparé à ceux des RX 6900 XT (520 mm²), des RTX 3080 (628.4 mm²) ou même de la RX 5500 XT (158 mm²).

Une petite carte bien ventilée chez MSI.
Malgré sa petite taille, le processeur graphique affiche une fréquence de 2 610 MHz et jusqu’à 2 815 MHz en boost, dépassant largement les fréquences de la RX 6600 XT. Bien évidemment, les chiffres ne font pas tout et la mémoire joue un rôle important dans le traitement des données. Les 4 Go de mémoire vidéo (visiblement, AMD a changé d’avis sur l’intérêt de plus de 4 Go) et le bus 64 bits de la Radeon RX 6500 XT accompagnent une mémoire vidéo GDDR6 à 18 Gb/s plus rapide et efficace. Si AMD met en place un savant calcul de bandes passantes saupoudrées d’Infinity Cache pour éviter de dire que la mémoire est moins rapide, le cache permet tout de même de réduire la latence dans le traitement des données, plus que dans l’augmentation de bande passante pure.
Il apparaîtrait que les gros chiffres soient à revoir à la baisse après les premiers tests.

Alors oui : non.

La présentation d’AMD au CES montre la Radeon RX 6500 XT face à des cartes a priori similaires en gamme comme la GTX 1650 Super, la RX 5500 XT ou l’antique RX 570, qui fêtera bientôt ses 5 ans. Si le comparatif semble à propos, les révélations des premiers tests présentent la carte sous un jour moins glorieux. Si le graphique de présentation la met sur une puissance moyenne de 33 % supérieure à une GTX 1650, il semblerait que la réalité remette côte à côte les deux cartes. Pire, les comparatifs avec ses aînées Radeon RX 5500 XT 4 Go et 8 Go la placent parfois très légèrement en retrait, notamment à cause du choix particulier sur le bus, qui lèse les possesseurs de carte mère PCI-Express 3.0. Ceux-ci voient en effet la carte perdre entre 15 et près de 40 % de performances selon le jeu utilisé. L’absence de décodage du codec AV1 (utilisé en streaming de vidéos) et d’encodage H264 et H265 (utilisés dans la création de vidéos) limitent aussi l’utilisation multimédia.

Pas de carte chez le fondeur, les modèles customs sont donc le seul (mais vaste) choix.
Le choix d’AMD de limiter la taille de la mémoire vidéo à 4 Go semble être une réponse à la folie continue des cryptomonnaies qui vident habituellement les stocks. En faisant un modèle non rentable pour le minage mais (en théorie) utile aux systèmes vieillissants et aux joueurs désirant une réelle entrée de gamme, AMD aurait pu bien se placer. Mais les circonstances actuelles placent cependant la RX 6500 XT dans un fossé qui semble difficile à enjamber. Son placement tarifaire est le double du lancement (🇫🇷) de la 5500 XT 4 Go pour des performances quasi similaires, voire inférieures, en PCIe 3.0. Et face à une GTX 1650 Super plus compatible et polyvalente, elle peine aussi à convaincre. Les tests de la rédaction montreront mieux les forces et faiblesses de cette nouvelle entrée de gamme des rouges, il semble donc prudent d’attendre, surtout au vu des prix actuels. Même à son tarif public, la carte n’aurait pas été un choix éclairé, et les prix actuels la rendent vraiment peu intéressante.