En mai 2023, la ROG Ally était la première machine d’un « grand » constructeur à se lancer à l’assaut du Steam Deck. Et c’est encore aujourd’hui celle qui a eu, de loin, le plus de réussite dans cette entreprise, malgré les tentatives de la Lenovo Legion Go (en demi-teinte) et de la MSI Claw (ratage complet). Ses principaux arguments contre la machine de Valve ? Elle fonctionne sous Windows, ce qui n’a certes pas que des avantages, très loin de là, mais lui permet au moins de faire tourner sans aucun bricolage presque tous les jeux PC de l’univers – et notamment ceux en provenance du Game Pass, qui restent inaccessibles au système Linux du Steam Deck, sinon par le truchement du cloud gaming. Elle a aussi pour elle sa puissance brute : la version la plus haut de gamme de l’Ally, et la plus courante, embarque la puce AMD Ryzen Z1 Extreme, capable (sous conditions) de performances sensiblement supérieures à celles du Steam Deck.
La ROG Ally X, lancée le 22 juillet au prix de 900 € (100 € de plus que le prix de lancement de l’Ally Z1 Extreme originelle, 200 € de plus que son prix actuel hors promo), n’offre aucune révolution de ce point de vue. Et pour cause, puisqu’elle est toujours animée par ce même Z1 Extreme. Elle se focalise surtout sur des améliorations de confort : design aux courbes plus arrondies, stockage porté de série à 1 To au lieu de 512 Go, système de refroidissement amélioré et plus silencieux, et surtout une batterie de capacité doublée. Cela permet non seulement d’améliorer drastiquement l’autonomie de la machine (c’était le plus gros point faible de l’original, qui n’offrait même pas une heure d’endurance dans son mode de performance maximale), mais aussi de mettre quelques watts d’électricité en plus à disposition du processeur dans les modes d’« économie d’énergie » ; ces derniers ne sacrifient donc plus autant le frame rate des jeux que précédemment.
© Asus
© Asus

En galère de RAM

Mais, on l’a promis, il y a aussi cette histoire de mémoire vive. Elle est d’abord légèrement plus rapide, passant de 6 400 à 7 500 MHz, ce qui explique pourquoi certains jeux (pas tous) voient leur frame rate amélioré de 10 % environ. Ça ne change pas la vie, mais on ne crache pas dessus. Surtout, son volume passe de 16 à 24 Go. Rappelons que l’on parle d’ici d’une architecture mémoire unifiée, où la RAM doit donc être répartie entre les parties CPU et GPU du processeur. Sa distribution par défaut peut donc désormais s’établir à 16 Go pour la première, 8 Go pour la seconde. On se retrouve ainsi dans une situation typique de celle d’une config de bureau actuelle d’entrée de gamme – voyez donc, c’est exactement ce dont est équipé la Ducky dans nos Configs de Canard.

La ROG Ally tout court (et à peu près toutes les autres machines du genre jusqu’à présent, Steam Deck inclus) doit se contenter de 12 Go par défaut pour le CPU, 4 Go pour le GPU. La plupart du temps, cela suffit amplement. Sauf quand se pointe un jeu qui réclame, pour de vrai, un strict minimum de 16 Go de mémoire à disposition du CPU. Deux titres ont été coupables de cela en fin d’année dernière, et vous auriez été capables de les deviner tout seul : Alan Wake 2 et Avatar : Frontiers of Pandora, évidemment, les deux grosses claques techniques de 2023, qui ont été le point de départ d’une nouvelle génération de jeux. Sur l’Ally première du nom, les deux titres préviennent dès leur lancement qu’ils risquent d’avoir la mémoire un peu courte ; inévitablement, dès que l’une des deux allocations RAM arrive à saturation (ce qui ne prend généralement que quelques secondes), les performances tombent vers les abysses – comprendre : moins de 10 i/s.
Alan Wake 2 (© Remedy)

Le X de Xcédentaire

Ce problème, en l'occurrence, a été réglé sur l'Ally X. Mais cela en valait-il vraiment la peine ? In fine, on parle toujours de jeux largement surdimensionnés pour une machine portable, et il serait un brin excessif de les qualifier de « jouables » quand leur frame rate atteint péniblement 20 i/s dans les scènes les plus difficiles, quelles que soient les concessions graphiques auxquelles on voudra bien consentir. Même l’artifice de la frame generation du FSR 3, quand elle est disponible, n’y peut rien (et qu’on ne me parle pas de celle de Lossless Scaling, dont l’intérêt potentiel est ruiné par une interpolation de qualité désastreuse, malgré tout ce que pourra en dire mon camarade ackboo). Ce sera probablement le même constat dès ce mois d’août pour Star Wars Outlaws (par le même développeur, Ubisoft Massive, et sur le même moteur, Snowdrop, qu’Avatar). Et la tendance ne va évidemment pas ralentir.

Comme ses concurrents, il sera de plus en plus compliqué de prétendre que l'Ally X peut accueillir la quasi-totalité des jeux PC du marché.

Au bout du compte, on peine donc à y voir autre chose qu’une vaine tentative de maintenir l’illusion que l’Ally X pourra continuer à faire tourner même les plus gros AAA pour encore quelque temps. Il va falloir qu’Asus s’y fasse : comme tous ses concurrents, Valve inclus, il lui sera de plus en plus compliqué de prétendre que sa machine portable peut accueillir la quasi-totalité des jeux PC du marché. C’est ainsi, et ça ne changera pas tant qu'AMD (ou Intel, ou Nvidia, ou Qualcomm...) ne proposera pas de silicium à l'efficacité énergétique bien plus élevée que ce qui existe aujourd'hui sur le marché.
Star Wars : Outlaws (© Ubisoft / Lucasfilm)

Toujours une alternative valable au Steam Deck

Que l’on se comprenne bien : cela ne suffit pas à rendre la ROG Ally X mauvaise, ni même décevante, très loin de là. Rien que parce qu’elle s’est débarrassée de ce vilain défaut qu’était son autonomie rachitique, elle assoit encore un peu plus son statut de meilleure alternative au Steam Deck. Et elle garde l’avantage immense de son écran à taux de rafraîchissement variable, certes en LCD, mais qui permet de profiter pleinement des frame rates dont elle est capable. Pour un test complet de la bestiole, vous savez bien sûr où chercher : dans le prochain numéro de Canard PC Hardware, ou dès maintenant sur notre site web pour les abonnés.