| Modifié le le 6 juin 2021
Tout est connecté. Nous parlons beaucoup d'ARM dans ce numéro, et nous vous proposons donc un petit exercice pratique : installer Windows 10 (ARM) sur un Raspberry Pi.
Avec un Raspberry Pi 4.
Commençons avec la dernière génération de cartes, les Raspberry Pi 4. Nous vous conseillons un modèle 4 Go – Windows 10 n'en supporte que trois environ, actuellement –, une microSD rapide et les accessoires classiques (alimentation USB-C, câble microHDMI, etc.). Pour démarrer, vous aurez d'abord besoin d'une image disque, récupérable sur le Discord d'Amir Dahan dans la section #Downloads. Ensuite, avec balenaEtcher, copiez les données sur la carte microSD. Le programme est simple : choisissez la source (l'image disque compressée), la cible (la microSD) et attendez (01). Rendez-vous dans Outils d'administration Windows -> Gestion de l'ordinateur -> Gestion des disques pour étendre la partition à l'ensemble de la carte SD (clic droit -> Étendre le volume) (02). Si l'option est grisée, l'encadré vous expliquera comment le faire en ligne de commande. Maintenant, éjectez la carte, insérez-la dans le Raspberry Pi et démarrez. Ça va être long (6 minutes 25 pour le premier boot) mais après un moment, vous arriverez devant les questions habituelles liées à l'installation de Windows.
Ce qui marche et ce qui ne marche pas.
Est-ce que ça fonctionne ? Oui. Est-ce vraiment utilisable ? Pas vraiment. Premièrement, l'audio, le Wi-Fi et le Bluetooth ne sont pas supportés. Deuxièmement, le Raspberry Pi 4 manque cruellement de puissance pour Windows 10. Son SoC intègre quatre Cortex A72 (l'architecture big, c'est-à-dire rapide, d'ARM de 2015) avec une fréquence assez faible (1,5 GHz) et la limitation à 3 Go de RAM bloque un peu l'ensemble. Pour vous donner une idée, nous avons lancé notre protocole de tests et les résultats sont éloquents. Le benchmark de CPU-Z (émulé) indique un score de 17, soit environ trois fois moins que le plus mauvais CPU de notre comparatif (un AMD Bobcat à 1,4 GHz, considéré comme inutilisable à la rédaction) et dix-sept fois moins qu'un modèle d'entrée de gamme moderne (un Athlon 3000G). HandBrake, que nous avons compilé avec peine en ARM64, encode à 2,2 FPS (contre 1,2 FPS sur le Bobcat et 8,7 FPS sur l'Athlon). Le seul autre logiciel qui se lance (Geekbench 5) ne termine pas ses tests. Même à l'usage, c'est à la limite de l'utilisable malgré une microSD rapide. Les menus apparaissent avec du retard et s'il reste possible de surfer avec Edge, il faudra éviter les onglets. Pour être clair, le Raspberry Pi 4 ne peut pas remplacer une machine de bureau, et – surtout – le coût n'est pas particulièrement compétitif. Un Raspberry Pi 4 (4 Go) équipé (alimentation, microSD, etc.) revient à environ 90 € et vous trouverez facilement des mini-PC chinois à base d'Atom pour quelques dizaines d'euros de plus, mais en x86 (et bien plus performants, ou moins lents selon votre ressenti).Étendre manuellement.
Au cas où l'interface de Windows ne vous proposerait pas d'étendre la partition, voici la marche à suivre. Lancez Diskpart depuis la barre de recherche, tapez list disk, choisissez la carte microSD avec la commande select disk n (n étant la carte). Tapez list partition puis select partition n (en prenant celle liée à Windows). Enfin, tapez extend size=n en mettant la valeur en Mo pour la capacité maximale. La partition de base a une capacité de ~9 Go, donc faites le calcul en fonction de la capacité de votre microSD. Terminez par un simple exit.
Avec un Raspberry Pi 3.
Si le cœur vous en dit, il est possible d'effectuer la même chose avec un Raspberry Pi 3. La méthode passe par WoR (Windows on Raspberry) et vous devrez vous procurer les fichiers d'installation via le site UUP Dump. Choisissez la build ARM64 et il vous proposera un exécutable qui lancera ensuite les téléchargements et générera l'ISO (03).Une fois celle-ci montée, récupérez le fichier install.wim dans le dossier source. Pour les pilotes et le firmware, nous vous conseillons tous simplement de laisser WoR obtenir le tout pour vous (04). Enfin, il va installer Windows 10 sur la carte microSD et il vous suffira de démarrer le Raspberry Pi 3 et d'attendre (longtemps). Si Windows 10 fonctionne sur un Raspberry Pi 3, le problème est évidemment encore pire que sur le Raspberry Pi 4 : la carte ne propose que 1 Go de RAM (une valeur bien trop faible pour l'OS de Microsoft) et le SoC se base sur l'architecture LITTLE (comprendre : lente) d'ARM, le Cortex A53. Une idée des performances ? Le benchmark CPU-Z donne un score de 5,3. À part pour dire « Regardez, j'ai installé Windows sur mon Raspberry Pi » (nous pouvons appréhender cette envie de faire des choses contre-nature, c'est humain), fuyez. La conclusion de cet article se résume ainsi à : « Inutile, donc indispensable. ».Le Raspberry Pi 2.
Les masochistes tenteront l’installation sur un Raspberry Pi 2 « 1.2 ». Cette version de la carte reprend le SoC ARMv8 (et donc 64 bits) du Raspberry Pi 3, mais avec une fréquence encore plus faible (900 MHz). Si Windows 10 ARM se lance, le benchmark CPU-Z donne un score de 3 et nous avons abandonné l'encodage HandBrake après 48 heures de calcul. Le simple fait de presser le clic droit de la souris implique une attente de 3 secondes environ avant de voir le menu...