Le déploiement de la technologie 3D V-Cache sur les CPU de la famille Ryzen 9 est la principale nouveauté de cette génération chez AMD. L’objectif est d’aboutir à des processeurs au top à la fois en jeu grâce au cache additionnel, et en applicatif grâce à la profusion de cœurs et threads. Mais tout cela n’est pas sans astérisques importantes à connaître.
Après avoir vu l’an dernier à quel point le cache vertical pouvait avoir un effet transformateur sur les performances en jeu d’une puce à un CCD unique telle que le 5800X3D, on était forcément curieux de voir ce que la technologie pourrait donner sur des processeurs encore plus musclés. C’était toutefois compter sans la petite feinte qu’allait tenter AMD pour son intronisation dans la gamme Ryzen 9. Puisque ladite gamme n’a jamais été destinée aux personnes ne pratiquant que le jeu sur leur ordinateur, la même approche serait adoptée pour les variantes X3D.
Plutôt une fois que deux.
Ce que cela signifie concrètement ? Puisque l’on parle cette fois d’un processeur dont les cœurs sont répartis sur deux CCD, on en profite pour ne placer du cache vertical que sur un seul de ces deux complexes. L’intérêt est double : en tout premier lieu, cela coûte tout simplement moins cher à produire ; ensuite, cela permet de maintenir sur le 2e CCD (celui qui n’est pas doté de cache additionnel) la fréquence boost du 7950X standard, 5,7 GHz. L’inconvénient : quand bien même les 64 Mo de cache additionnel (qui portent donc la quantité totale de cache L3 à 128 Mo) sont bien techniquement accessibles aux cœurs du 2e CCD, la connexion se fait à travers l’Infinity Fabric du processeur, et donc avec une latence qui annule son bénéfice. Dès lors, il devient important, pour que le CPU donne son meilleur, que chaque processus soit bien distribué vers le CCD qui correspond le mieux à ses besoins : plus de cache, ou une fréquence plus élevée.
Sur ce rendu, on voit que le cache vertical n'est présent que sur le CCD de gauche.
En applicatif, cela ne pose aucun problème, car l’ordonnanceur du système d’exploitation va tout naturellement prioriser les cœurs qui lui apparaissent comme les plus performants, donc ceux ayant la plus haute fréquence d’horloge. De fait, les différences de performance brute entre le 7950X3D et le 7950X sont très minimes, parfois même insignifiantes dans nos benchmarks. Nous soupçonnons toutefois que cela soit aussi dû à la bonne fortune à la silicon lottery de notre exemplaire du 7950X3D ; c’est ce qui expliquerait que ce dernier se place même sensiblement au-dessus de son frangin dans les tâches monothread, alors que les cœurs du 2e CCD sont censés être identiques à ceux du 7950X.
Ce qui est incontestable en revanche, c’est que le 7950X3D est un phénomène d’efficacité énergétique, puisqu’il atteint ces performances en échange de 140 W de puissance électrique, contre 190 W pour la variante non-3D (dont le mode ECO n’est cette fois pas vraiment comparable, puisqu’il est sensiblement moins véloce, mais aussi limité à 90 W). Et l’on ne parle même pas du monstre glouton qu’est le Core i9-13900K, flashé à près de 300 W en pointe.
3D eau
Comme presque toujours avec les puces Ryzen (dont le 7800X3D d’ailleurs), le 7950X3D est certes un modèle d’efficacité énergétique en charge, mais aussi sujet à de très vifs et brefs pics de consommation en quasi-idle – bureautique par exemple. Pour cette raison entre autres, on recommande de l’associer à un refroidissement liquide, qui saura absorber ces pics par simple inertie thermique, plutôt que de devoir accélérer ses ventilateurs de façon très brève mais très régulière, et donc potentiellement très irritante.
Tiens bon la Game Bar.
Pour ce qui est des jeux, la solution adoptée par AMD tient un peu plus du bricolage. En l’absence d’un ordonnanceur hardware intégré au processeur (à la manière du « thread director » des CPU hybrides Intel Core de 12e et 13e génération), c’est par un petit tour de passe-passe logiciel que l’on s’assure de l’exécution des jeux sur les cœurs munis de cache vertical. L’astuce passe par la Xbox Game Bar de Windows 10 et 11 : cette dernière est chargée de communiquer au pilote du chipset AMD qu’un jeu est en cours d’exécution, lequel pilote s’assure ensuite de « parker » les cœurs du 2e CCD. Ceux-ci ne sont alors plus du tout sollicités par l’ordonnanceur de l’OS, du moins tant que le 1er CCD n’est pas totalement occupé. Au passage, il faut donc bien s’assurer d’utiliser des versions récentes à la fois de la Xbox Game Bar et du pilote du chipset pour que tout se comporte comme attendu.
Quand un jeu n'est pas automatiquement reconnu par la Game Bar (par exemple parce qu'il s'agit d'un jeu en early access, ou tout simplement peu connu), il est heureusement possible de forcer manuellement la détection.
La solution fonctionne, mais elle n’est pas idéale pour deux raisons. En premier lieu, elle fait que le processeur ne se comporte de façon parfaitement nominale qu’avec Windows 10 et 11 (suivez notre regard, qui se porte avec insistance sur la page 38 de ce magazine). Aussi et surtout, une fois que le 2e CCD est parké, cela s’applique de façon parfaitement aveugle à tous les processus gérés par le système d’exploitation. Imaginons le cas d’un streameur diffusant sa partie à travers OBS Studio : le comportement optimal aurait été que le système réserve alors automatiquement le 1er CCD au jeu, tandis que les processus liés à OBS prendraient place sur le 2e CCD. Au lieu de cela, les seconds sont eux aussi placés sur le 1er CCD, chapardant potentiellement de précieux cycles d’horloge au jeu. Et quand le 1er CCD arrive à saturation et que les cœurs du 2e CCD commencent à être réveillés, rien ne garantit que ce ne seront pas des processus liés au jeu qui y seront envoyés, avec potentiellement des conséquences sévères sur le framerate. Cet impact est extrêmement variable, mais a pu, lors de nos expérimentations, dépasser les 20 %.
Benchmarks réalisés en 1080p, paramètres graphiques moyens ou élevés.
On en retire la sensation tenace que le 7950X3D rate un peu sa vocation de CPU parfait pour les joueurs multi-tâches. Sans cela, que lui reste-t-il ? Un positionnement un peu bâtard, par la faute d’un tarif trop élevé à l’heure où nous écrivons ces lignes (800 €). Pour ce prix, il ne fait pas mieux qu’un 7800X3D en jeu (son 1er CCD est en substance identique au CCD unique du Ryzen 7), et même un tout petit peu moins bien en raison des complications causées par son architecture hybride ; et pour ce qui est de l’applicatif, le 13900K d’Intel est comparable pour un prix bien moindre. À moins de bouleversements tarifaires futurs, c’est donc plutôt ce dernier que l’on continuera à conseiller à qui est à la recherche d’un excellent CPU haut de gamme multi-tâche. À condition bien sûr de ne pas considérer ses presque 300 W de consommation en pointe comme rédhibitoires.
Le 7950X3D est dans l’absolu une très belle démonstration de force technologique, en particulier du côté de l’efficacité énergétique. Mais il souffre d’un popotin assis pile entre deux chaises : d’un côté un 7800X3D qui fait encore mieux que lui en jeu, de l’autre un Core i9-13900K qui lui est presque égal en performances pures, pour moins cher.