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Createurs: Frédéric Henry
Editeur: Monolith
Nb joueurs: pour 2 à 5 joueurs (optimal à 4-5)
Prix: 90 euros
Tout se passait très bien jusqu’au moment où le barbare, par fierté ou par peur qu’on la lui fauche, a refusé de reposer la fille du gouverneur sur le sol. Partir combattre le chef du village picte – c’était la mission : ramener la dame ainsi que la tête du patron de cette bande de sauvages qui l’avait enlevée – d’une seule main, avec la fille inanimée sur le dos, ce n’était pas l’idée du siècle. Considérablement ralenti, le prix Nobel en pagne a succombé sous le nombre avant que ses compagnons, le cureton et le voleur, ne décident, dépités, de lancer une attaque suicide à l’orbe explosif dans la hutte du chef. L’échec fut total, mais ce n’est pas grave : on aurait signé des deux mains pour une nouvelle distribution de baffes.

Conan, c’est du lourd. Non, je ne parle pas du barbare avec son slip en fourrure de ragondin et ses blagues vaseuses sur la gent féminine, je parle du projet. Initié par l’éditeur français Monolith, le projet a cartonné sur Kickstarter (et le mot est faible : plus de 3,3 millions de dollars récoltés sur les 80 000 demandés). Et c’est une grosse, hum, non pardon, je recommence : c’est une GRÔÔÔÔÔSSE boîte qui dégueule de figurines (plus de 70) et de matos assez classieux. Initialement prévu pour n’être disponible que pour les backers, Conan atterrira finalement dans les boutiques spécialisées également et ce, au moment où vous lirez ce magazine. Enfin, si un nouveau retard n’intervient pas, car sur ce point aussi, Conan a pu se montrer un peu lourd…

Le Crom de la crème.

Mais qu’importe. Le jeu tant attendu est désormais manufacturé, emballé et Monolith nous a invité à une partie en leur compagnie. Vous l’avez compris, elle s’est mal terminée pour les héros, que l’overlord a su, non sans un petit plaisir sadique, suffisamment retarder pour les forcer à prendre des risques insensés. Pour faire simple, Conan s’inscrit dans la lignée de Descent (massacrer du monstre, choper des objets, utiliser les capacités spéciales de ses personnages…) mais y ajoute sa patte avec un système original et subtil de gestion de points de vie et d’actions – qui sont les mêmes – qui sera au cœur des préoccupations des héros. D’ailleurs, en début de tour, chacun devra décider s’il sera actif ou s’il se reposera pour reprendre son souffle et récupérer davantage de ces gemmes qui représentent ces précieux points. Choix difficile, car une partie de Conan est scénarisée et souvent limitée dans le temps. Vous connaissez le thème de la partie qui nous a occupés cet après-midi là (oui, la princesse enlevée, c’est d’un bateau, c’est vrai, mais le jeu est basé sur les œuvres de Robert E. Howard, pas sur celles de Heidegger), mais il y en a huit en tout pour accompagner les quatre plateaux livrés dans la boîte : le même village picte, mais cette fois à défendre contre des vagues d’ennemis, une poursuite en bateau, une forteresse en ruine dans laquelle un nécromant réanime de gros boss très méchants pétrifiés dans les tours… Ou encore une auberge où Conan tentera de débusquer le prêtre qui lui a lancé une malédiction et le « convaincre » (oui, avec des guillemets, on imagine les capacités diplomatiques du bonhomme) de la lever, et dans laquelle il est préférable de faire preuve de furtivité dans les premiers tours.

Barbare vitaminé.

Outre cette gestion de la répartition et de la récupération des fameuses gemmes, les joueurs incarnant les héros auront d’autres éléments à prendre en compte. Leur encombrement, par exemple : pas question d’accumuler les chouettes armes qui filent des bonus (ou les jeunes filles évanouies, hum) dans leur inventaire comme des gorets, sous peine de voir certaines capacités rendues inutilisables. Ils devront également utiliser au mieux les spécificités de leur personnage : sans surprise, Conan tape comme une brute au corps à corps et fait des trous dans les murs quand il trouve que la porte est trop loin ; Shevatas le voleur excelle dans la discrétion, ce qui en fait un éclaireur tout indiqué, et n’est pas manchot en combat à distance ; le prêtre Hadrathus, lui, son truc, c’est la téléportation (lâche !) et les dégâts de zone. En coordonnant leurs actions, ils doivent gêner l’overlord qui possède, de son côté, son propre petit gameplay, bien à lui, à base de groupes à activer, de renforts à appeler et d’événements à déclencher, mais sur la même base de points d’action à répartir. Donc non, le petit salopard qui aura pour mission de pourrir le reste de la tablée n’aura, en plus, pas matière à s’ennuyer.