| Modifié le le 30 septembre 2024
Dans le monde du jeu vidéo, Embracer est connu comme le loup blanc, mais jamais pour les bonnes raisons. La triste réputation du groupe le suit depuis des années, bien souvent lorsqu’il s’agit de relayer des fermetures de studios ou des licenciements. Alors forcément, on sent que ça arrangeait bien leurs affaires d’avoir « séparé leurs activités » en trois groupes distincts il y a quelques mois, annonçant officiellement abandonner le nom d’Embracer et rendant son indépendance financière au colosse du jeu de société Asmodee. Enfin, la lui rendant… avec un petit cadeau empoisonné au passage.
La jolie petite tour de Jenga que s’est bâtie Embracer commençait à tirer la tronche ces derniers mois.
La jolie petite tour de Jenga que s’est bâtie Embracer commençait donc à tirer la tronche ces derniers mois. Alors pour éviter qu’elle ne s’effondre, Lars et ses copains en costume ont pris la décision de scinder les activités en trois « mini-groupes ». Coffee Stain & Friends pour les petits jeux vidéo, Middle-Earth Enterprises & Friends pour les AAA et un certain Asmodee Group qui se concentre sur les jeux de société et figurines. Comme ça, hop, c’est pratique, on fait disparaître l’ancien nom de l’entreprise et on tente un nouveau jet de dés. Embracer a revendu des actions, annulé quinze projets, s’est séparé de plusieurs studios au passage, et cette restructuration a déjà coûté leur travail à plus de 900 personnes, soit environ 5 % de leurs effectifs. Et malgré cela, il reste au groupe une dette de près d’un milliard de dollars.
Erreur de la banque en votre défaveur
C’est un accord financier de grande ampleur, qu’on peut expliquer de différentes façons. D’un côté, Embracer se dit confiant sur le fait qu’Asmodee est « en capacité de rembourser cette dette » – et eux se débarrassent au passage d’une ligne de comptes qu’ils sont bien contents de refiler à quelqu’un d’autre. Mais les investisseurs auprès desquels cet accord a été passé (la BNP Paribas, la Swedbank et la Société Générale, entre autres) ont eux aussi un peu plus confiance en la capacité d’Asmodee à payer cette dette, plutôt que si c’était Embracer qui devait directement s’en charger. Dans tous les cas, c’est non négociable : l’échéance est fixée à 2025.Ceux qui s’en sortent le mieux dans cette histoire, c’est encore et toujours Embracer. C’est comme s’ils étaient entrés dans un bar pour commander 2000 magnums de Grey Goose et qu’au moment de payer, ils avaient collé une bonne partie de l’addition sur l’ardoise d’Asmodee avant de se barrer dans un nuage de fumée. C’est une histoire tristement similaire qui avait engendré la liquidation judiciaire de Toys"R"Us il y a quelques années, et il va sans dire que les prochains mois vont être cruciaux pour l’avenir d’Asmodee, qui a apparemment l’intention de « favoriser une croissance organique dans un futur proche, d’augmenter ses marges et de mieux gérer ses coûts », sans que l’on sache précisément en quoi cela va consister concrètement. Rappelons qu’en mars dernier, le groupe sortait le TCG Star Wars : Unlimited et sortira en fin d’année 2024 Monkey Palace, fruit d’un tout jeune partenariat avec Lego.