On vous suggère plutôt d’opter pour une alternative moins risquée, et surtout moins illégale. Il y en a justement plusieurs qui proposent des catalogues de jeux bien garnis, accessibles depuis un simple ordinateur. Dans le précédent hors-série, on vous parlait des enjeux qui entourent le portage des jeux en version dématérialisée et des questions auxquelles les développeurs doivent faire face quand ils sortent une version numérique. Ici, on va plutôt s’attarder sur la façon dont le dématérialisé peut aider les joueurs à limiter les frais : sans table, sans chaises et sans boîte, le jeu de plateau devient soudainement un loisir bien moins onéreux.

Plutôt que d’attendre patiemment qu’un jeu ait droit à sa version numérique officielle qui sera vendue au prix fort, on peut se tourner vers des « simulateurs de table ». Sites web interactifs, logiciels et simulateurs divers ont commencé à fleurir un peu partout il y a une dizaine d’années, portés par des noms que l’on croise encore aujourd’hui, de Board Game Arena à Tabletop Simulator.

Caisse de communauté.

Depuis sa sortie en 2015, Tabletop Simulator est un peu le OG des simulateurs de table. De la belle 3D, des polygones par milliers, un moteur physique capable de faire rebondir les pions et des tables au vernis scintillant – un petit paradis pour qui veut être au plus proche du plaisir physique que procure le jeu de société. Sa mission est de proposer la plus belle et la plus immersive des tables de jeu vidéo qu’on puisse s’offrir avec vingt euros. Les joueurs peuvent se connecter ensemble, faire apparaître des pions, des dés, un chronomètre et tout un tas de pièces modélisées en 3D avant de charger l’un des soixante-seize mille jeux disponibles sur le Steam Workshop, en seulement deux clics.

Sans table, sans chaises et sans boîte, le jeu de plateau devient soudainement un loisir bien moins onéreux.

N’importe qui peut scanner un jeu et l’importer dans le simulateur à partir de simples images, qui deviennent automatiquement des cartes et un plateau modélisés sur la table. Alors c’est super parce qu’on trouve de tout, dans des versions souvent localisées et simples d’utilisation, mais vous commencez à voir arriver la douille : en dehors de quelques versions officielles, beaucoup des jeux présents sur le site le sont en toute illégalité, sans jamais qu’un quelconque éditeur ne soit consulté. Le jeu en lui-même n’est pas illégal, et c’est même un formidable outil pour playtester ou jouer avec ses amis, mais la distribution et l’utilisation de jeux scannés dans la plus grande détente posent de sérieux soucis éthiques. Certains éditeurs font de la modération en supprimant les copies piratées de leurs titres, et on trouve même sur les forums de discussion des joueurs qui questionnent l’aspect moral d’un simulateur qui sert de plateforme au piratage massif. Dans les faits, ça fait plusieurs années que c’est un peu l’omerta.
Board Game Arena

Penser en dehors de la boîte.

Depuis, l’engouement autour de Tabletop Simulator a motivé quelques débrouillards qui ont imaginé des alternatives gratuites ou semi-gratuites, mais surtout plus encadrées légalement. Le confinement a pas mal contribué à l’explosion de leur popularité, attirant parfois plusieurs centaines de milliers de joueurs par jour. La solution dématérialisée la plus connue est sans doute Board Game Arena : un site web où l'on peut se connecter, créer un compte et jouer à plus de 600 jeux avec ses amis. On y trouve un tas de titres plus ou moins récents, officiellement intégrés et adaptés à l’usage d’un navigateur. Tout est traduit, bien localisé et correctement implémenté, même si ce n'est pas toujours très beau à regarder.

Il faut reconnaître que c’est très pratique pour jouer avec des amis qui n’habitent pas à côté, et lancer une partie en quelques secondes. Une fois tous les joueurs connectés, le site prend le relais pour automatiser les compteurs de points et le déroulement d’une session. BGA est à la base gratuit, mais restreint certaines fonctionnalités (la création de partie et l’accès aux jeux « Premium ») pour encourager un abonnement à trois euros par mois.

Du streaming, mais de jeux de plateau.

Il en existe d’autres, comme Tabletopia qui s’inspire du moteur physique de Tabletop Simulator pour le plaisir des gens qui aiment faire tomber les pions de leur voisin. Il privilégie la convivialité et l’immersion, parfois à défaut d’avoir une interface ou des règles claires. Par contre, son catalogue ne rigole pas : près de 2 000 titres accessibles, là encore via un système d’abonnement complémentaire pour débloquer l’ensemble des jeux. Ce genre de tables virtuelles avec abonnement s’est largement démocratisé : on peut voir ça comme une sorte de Netflix du jeu de plateau, où on va chercher dans une étagère géante un jeu qu’on n’aura ni besoin de mettre en place, ni besoin de ranger.

Bien évidemment, c’est une solution qui implique de faire des compromis. On reste dépendant de la fréquence à laquelle ces services ajoutent de nouveaux titres, et il est donc fort probable que la petite pépite dénichée dans votre magazine préféré ne soit pas jouable avant un moment. Le virtuel fait forcément perdre quelques plaisirs simples du jeu de société, comme cet ami qui plie toujours les cartes quand il les tient dans sa main, ou ce fichu pion que le chat a envoyé sous le canapé à force de jouer avec. Mais pour quiconque voudrait jouer à moindres frais, ou même tester un jeu avant d'acheter sa version physique, ces alternatives peuvent constituer une bonne solution.