Créateur : Dan Hallagan
Illustrateur : Dan Hallagan
Éditeur : VF par Super Meeple
Nombre de joueurs : 1 à 4 (jusqu’à 6 avec les deux extensions vendues séparément)
Nombre de joueurs optimal : 3 avec le jeu de base
Durée : deux heures
Complexité : complexe, mais moins qu’il n’en a l’air
Surface de jeu recommandée : grande table de salon
Prix : 70 €
Je prends le thé avec la duchesse, quel bol ! Si cette rombière m’ouvre son carnet d’adresses, les voisins vont se pâmer de jalousie. Pendant ce temps, ma fille se balade à cheval avec un Amerloque. C’est dégradant, mais ces nouveaux riches sont tellement argentés. C’est tentant pour nous, les nouveaux pauvres.
Le Windsor s’acharne.
L’un des valets de pied en bois fourni dans ma boîte avait perdu un bras lors du transport. Dans beaucoup de jeux, ce serait le meeple laissé de côté. Pas ici. L’un de mes joueurs l’a nommé Tom, et lui a donné une vie – un ex-compagnon de champs de bataille, qu’il a refusé de laisser dans l’indigence. Fidèle homme de maison, son manque d’élocution lui interdit d’accéder au rang plus prestigieux de majordome – et ne le laisse jamais à personne d’autre. Tout ce qui fait d’Obsession un bon jeu est dans cette anecdote : il embrasse tellement son thème avec la langue qu’il crée autour de la table une envie irrépressible de faire de même.Idée fixe, au pied !
Obsession est le jeu le mieux nommé du monde : il est devenu celle de son créateur Dan Hallagan, qui s’est un jour improvisé auteur et éditeur de jeu. En 2018, il le sort, car sa femme est fan de Downtown Abbey et en a ras-la-couenne de jouer à de gros jeux avec des dragons ou des trucs dans l’espace. 2018 ? Hé oui, il aura fallu attendre cinq ans avant de voir cette localisation française, ce qui n’est pas forcément un mal, car elle arrive dans un meilleur état que sa première version d’origine (équilibrage, mécanique de marché, etc.). C’est étonnant, mais ce qui était presque un projet artisanal au départ a réussi à se glisser durablement dans le top 100 des jeux du site de référence boardgamegeek.com. Dan Hallagan n’a qu’un jeu, mais il ne le lâche pas. Une obsession.
Le mondain est beau, tout le monde il est gentry.
Il y a un mystère fascinant ici. Est-ce que je conseillerais Obsession ? Oui, sans hésiter. Puis-je expliquer ce qui en fait quelque chose d’assez unique ? Plus difficilement. Si l’on décortique, il n’y a rien de neuf sous le soleil faiblard de la perfide Albion. Malgré un livret de base de règles inutilement compliqué et organisé, la boucle centrale de jeu est en fait très simple et rien ne secoue les puces du monde du jeu. Chaque tour, on organise une activité disponible dans son domaine, on y convie les cartes d’invités les plus intéressantes de sa main, on y ajoute le personnel requis et on récolte les bonus (du pognon, de la réputation, piocher de meilleurs invités). Au départ, on reste un peu en famille, accompagné de quelques pique-assiette tout pourris, car, dans le Derbyshire, personne ne se déplace si le rang de prestige de l’hôte n’est pas au niveau. Un dîner chez les Ponsonby ? Hors de question, cette bande de pouilleux. Une merguez-frites chez les York ? Pourquoi pas, eux ils sont respectables.Si toute la table joue le jeu, c’est plus british qu’un pudding à la menthe.
Hautain en emporte le vent.
Les tuiles sont moches comme la déco de votre grand-mère, Dan Hallagan a illustré les cartes avec des photos victoriennes, faute de graphiste dédié, le système de marché fait penser à une version sans sel de Castles of Mad King Ludwig*, et pourtant ça marche. Par quelle sorcellerie ? Uniquement son thème ? Eh bien, à 90 %, oui. Certes, optimiser n’est pas si facile, il faut gérer des événements spéciaux prévus à intervalles réguliers, plaire aux enfants Fairchild pour obtenir un bel avantage, surveiller ses objectifs secrets. Certes, il y a une belle tension sur la gestion du personnel, qui doit se reposer après chaque activité – le peuple, quelle bande de feignants – avant de repartir au turbin, et sur l’argent, qui manque toujours. C’est de l’adaptation, de la tactique plus qu’autre chose, mais l’essentiel est bien dans le sujet.* Le jeu préféré de l’auteur, et ça se sent.