image
image
image
image
Genre : grande stratégie, ok
Développeur : Paradox Development Studio (Suède)
Éditeur : Paradox Interactive
Plateformes : Windows, PS5, Xbox Series
Date de sortie : 08/02/22
À la limite, pour Crusader Kings II, je veux bien. Paradox hésitait encore un peu. Mais pour Crusader Kings III, la direction est claire : une jauge de stress pour obliger le joueur à agir comme le ferait son souverain – cruellement s'il est cruel, timidement s'il est timide –, tout un tas d’ajustements, notamment du côté des complots, et la religion comme bac à sable pour qu'il y ait autant de façons de jouer à Crusader Kings qu'il y a de joueurs. Avec Royal Court, première grosse extension, Paradox poursuit dans le même sens. La culture, qui était un peu le parent pauvre du jeu à sa sortie, est passée à la même moulinette que la religion et devient un défouloir pour faire n'importe quoi. L'immersion est poussée un peu plus loin côté roleplay avec l'introduction d'une cour royale en 3D et d'un inventaire pour équiper son personnage, en plus de tout un tas d'objets qui donnent des bonus – avec, évidemment, la possibilité d'en piquer aux autres et de se faire la guerre ou de s'assassiner gaiement pour récupérer l'épée de grand-papa. Je vous le dis, encore deux ou trois ans, et Crusader Kings, c'est Skyrim.

La cour décompte.

Franchement, tant mieux. Il y a plein de jeux de grande stratégie, mais il n'y a qu'un seul jeu comme Crusader Kings. Tant mieux que le studio poursuive sur sa lancée. La cour royale, qui se débloque dès que vous montez sur un trône de roi ou d'empereur, permet de voir tous les personnages proches en 3D, d'écouter leurs plaintes, de trancher comme Salomon dès qu'il y a un litige et de s'amuser même en gouvernant un tout petit territoire, avec des tonnes et des tonnes d'événements qui vont changer en fonction de la situation, de la région du monde ou des choses qui se passent aux alentours. La culture, comme la religion, laisse libre cours à tous les fantasmes pour créer un peuple irlandais belliqueux mais amoureux des animaux, cupide et stoïque (avec tous les bonus associés en termes de gameplay). Effectivement, comme l'avait annoncé Paradox, la première extension de CK est très grosse et enrichit plusieurs aspects du jeu, avec des nouveaux événements, de nouvelles possibilités (apprendre les langues étrangères pour discuter avec d'autres souverains) et d'autres mécaniques économiques qui rendent plus difficiles les expansions trop rapides. Faut-il pour autant y aller tout de suite, sans attendre que le jeu se développe encore ? Franchement, oui. Mais j'ai quand même très hâte de voir la suite et ce que donnera Crusader Kings en fin de vie si toutes les extensions à venir apportent autant que celle-ci.

La magnificence de la cour vous donne tout un tas d'avantages, mais elle devient plus coûteuse à mesure que le royaume s'agrandit.

Maxence Voleau, Game Director sur Crusader Kings III

Canard PC : Crusader Kings III, c'est un jeu de stratégie ou un RPG ?

Maxence Voleau : Dire que Crusader Kings est un RPG est un peu limitant. On essaie de faire cet hybride, d'explorer un nouveau genre au sein de la grande stratégie. Paradox fait des jeux de grande stratégie, mais ils ont tous leur couleur : le wargame pour Hearts of Iron, le 4X pour Stellaris. Effectivement, CKIII est un RPG grande stratégie. Cela dit, on reste quand même attaché à l'aspect grande stratégie, au côté optimisation, gestion du royaume. Certains de nos joueurs aussi, quand d'autres viennent pour suivre l'histoire d'une dynastie. C'était un peu le challenge avec Royal Court : séduire ces deux publics. On a amélioré le côté bac à sable avec la cour royale et la refonte de la culture, mais aussi le challenge économique et stratégique avec tout un tas d'événements.

Pour CK III, vous aviez prévu de sortir moins d'extensions que pour CKII, mais des extensions plus grandes, c'est toujours d'actualité ?

Oui, c'est ce qu'on a voulu prouver avec Royal Court, même si on ajuste aussi nos intentions initiales en fonction des retours de la communauté. On amène beaucoup de contenu, mais aussi une nouvelle technologie (la cour en 3D), sur laquelle on espère pouvoir construire dans le futur. L'enjeu, c'est de trouver un équilibre, parce qu'on entend nos joueurs réguliers qui demandent plus de contenu. On essaie de trouver un moyen de les satisfaire tout en restant dans cette dynamique de DLC plus fournis.

Je trouve que CKIII est un poil trop facile par rapport à CKII. J'ai tort ?

C'est clairement un problème connu que les joueurs nous remontent, et c'est un élément sur lequel on se penche. Le problème est toujours le même, c'est qu'il y a des joueurs qui trouvent déjà le jeu très difficile, et d'autres, notamment les joueurs qui viennent de CKII, qui trouvent ça trop simple parce qu'ils maîtrisent déjà les arcanes du jeu. Royal Court amène un nouveau challenge, vu que la splendeur de la cour est de plus en plus difficile à maintenir à mesure que le royaume grandit. L'idée, c'était de trouver un moyen pour que les petits royaumes puissent être intéressants et que ce soit plus dur de s'étendre.

Quelqu'un a fait un mod avec Mount & Blade 2 qui permet de lancer une bataille de M&B2 depuis Crusader Kings. Faire des batailles distinctes de la carte, c'est un type de direction que vous pourriez prendre un jour ?

Je ne pense pas que ce soit la vocation de Crusader Kings. CKIII n'est pas un wargame dans le sens où ce n'est pas un jeu dans lequel on veut pousser les joueurs à faire la microgestion de leur armée pendant 40 minutes à chaque bataille. Ce n'est pas là que se situe le plaisir : on est là pour vivre une aventure épique, écrire sa propre histoire et écrire l'histoire du monde. Si on pousse trop loin le côté guerre, on risque de distraire les joueurs de ce qu'est vraiment l'expérience Crusader Kings. Même si je vois le plaisir que ça peut être, ce n'est pas forcément une bonne chose pour le jeu. Par contre c'est fascinant ce qu'a fait ce moddeur, c'est fantastique et j'ai un respect éternel pour lui.