| Modifié le le 29 janvier 2024
Chez Canard PC, on aime rendre service. Vous êtes un héros de jeu vidéo qui hésite à se lancer dans une aventure pour une question de droit, un simple PNJ inquiet de sa situation professionnelle ou un monstre qui se pose des questions d'ordre juridique ? Grand Maître B., avocat au barreau de Paris, répond à vos questions.
Je suis un pirate de l’espace qui crapahute de planète en planète en quête de ressources et de trésors. Si d'aventure je me risquais à piller un cadavre (sachant que je n'ai absolument aucun rapport avec sa mort, il était déjà comme ça lorsque je suis arrivé) de son butin sur une planète déserte, est-ce que je risque quelque chose ? Par ailleurs, j'ai récemment établi une mine sur la Lune où j'ai trouvé une matière inédite – que j'ai arbitrairement appelée le « lunium ». Puis-je espérer en revendre à mon retour sur Terre ?
Notre réponse.
Cher pirate, en droit français, le fait de piller un cadavre est interdit et peut être sévèrement sanctionné. Il existe plusieurs dispositions légales qui pourraient s'appliquer à votre situation. Premièrement, l’article 16-1-1 du Code civil dispose que « le respect dû au corps humain ne cesse pas avec la mort. Les restes des personnes décédées, y compris les cendres de celles dont le corps a donné lieu à crémation, doivent être traités avec respect, dignité et décence ». Donc, même après la mort, le respect du corps doit être maintenu. Par conséquent, piller un cadavre pourrait être interprété comme une violation de cette disposition.Méfiance quand vous croisez un cadavre aux poches bourrées de pesos spatiaux !
Il convient également de mentionner que si vous êtes français, la France appliquerait sa juridiction sur vous, même si le délit est commis dans l'espace, conformément au principe de la personnalité active, qui prévoit qu’un pays peut juger ses ressortissants pour des actes commis à l'étranger. En effet, l’article 113-6 du Code pénal dispose que « la loi pénale française est applicable à tout crime commis par un Français hors du territoire de la République. Elle est applicable aux délits commis par des Français hors du territoire de la République si les faits sont punis par la législation du pays où ils ont été commis ». Le droit français pourrait ainsi s’appliquer sur une planète déserte. Donc méfiance quand vous croisez un cadavre aux poches bourrées de pesos spatiaux !
L'article II du Traité sur l'espace stipule que « l'espace extra-atmosphérique, y compris la Lune et les autres corps célestes, n'est pas sujet à l'appropriation nationale par revendication de souveraineté, par voie d'utilisation ou d'occupation, ou par tout autre moyen ». Cela signifie que ni la France, ni aucun autre pays, ni même un individu ou une entreprise privée, ne peut revendiquer la propriété de la Lune ou de tout autre corps céleste.
Cela dit, plusieurs pays, notamment les États-Unis avec le « U.S. Commercial Space Launch Competitiveness Act » de 2015 et le Luxembourg avec la loi de 2017 sur l’exploration et l’utilisation des ressources de l’espace, ont adopté des lois autorisant explicitement l'exploitation des ressources spatiales par des entités privées. Ces législations pourraient potentiellement influencer l'évolution du droit international en la matière. Je vous conseille donc d’envisager de changer de nationalité !
Et n’oubliez pas, Dura lex space lex !