Au cours de l’année 1887, H.H. Holmes fait construire un vaste édifice de trois étages en face de la pharmacie où il travaillait en tant qu’assistant, dans le quartier d’Englewood à Chicago. Ce bâtiment, surnommé « le Château » par ses voisins, comporte une centaine de pièces qui font office de bureaux, d’hôtels, de magasins et d’appartements. On y trouve notamment un four crématoire, des chambres à gaz, des couloirs labyrinthiques et des escaliers qui ne mènent absolument nulle part. Seul Holmes, qui a intégré un dispositif permettant de contrôler les moindres allées et venues de tout occupant du « Château », en connaît les plans exacts. C’est à cet endroit qu’il a vécu et mené la plupart de ses activités professionnelles – ainsi qu’exécuté, démembré et brûlé au moins une vingtaine de ses victimes, principalement des femmes. Holmes est considéré comme le tout premier tueur en série américain, dont l’histoire personnelle reflète aussi celle de son époque, le capitalisme industriel de la seconde moitié du XIXe siècle. Dans un essai passionnant, la chercheuse en design Alexandra Midal délaisse tout sensationnalisme pour se concentrer sur la manière dont Holmes s’est saisi des nouvelles méthodes de production en série pour servir ses sombres desseins.