Je sais bien : un jeu de combats tactiques au tour par tour avec des robots géants, ça ressemble à un projet inventé à partir d’une grille de bingo. Mais ce concept pas bien original est trompeur, car Phantom Brigade est l’un des meilleurs prototypes de l’année. Oui, ça sonne très flatteur, mais je viens de lui mettre un taquet en le qualifiant de « prototype », alors ça compense.

Je crois que les développeurs de Phantom Brigade ont eu bien conscience qu’ils avaient à mettre le paquet très vite, parce qu’au début du jeu, avant qu’on ait eu le temps de prononcer les mots « oh bordel, encore un clone de X-COM avec des robots, non merci », il nous rattrape par le col pour nous montrer un genre de table de montage. Une frise chronologique qui couvre 5 secondes au total, et où l’on peut placer les actions de chacun de nos méchas : se déplacer de 0,0 à 3,1 secondes et tirer de 2,3 à 4,9 secondes, par exemple. Ensuite on clique sur « Exécuter », tout le monde bouge en même temps – ennemis compris –, puis on planche sur une nouvelle tranche de cinq secondes. Ça paraît compliqué, mais survoler la frise affiche des hologrammes sur le champ de bataille afin de rappeler qui sera où à un instant précis, et comme les actions des ennemis sont connues au début de chaque tour, il est plutôt simple de savoir ce qui va se passer dans les 5 prochaines secondes.

L'interface est un peu envahissante, mais elle est très élégante, on a l'impression de voir un jeu Amplitude en compréhensible.

Une exigence de précision

Robot with a shotgun.

L’essence de Phantom Brigade est donc de chercher comment réagir le mieux possible aux tactiques adverses : on sait que tel robot géant va nous contourner et nous tirer dans le dos à partir de 1,5 seconde, et qu’un tank va tirer au canon depuis l’autre bout de la carte deux fois, à 0,7 et 4,6 secondes. Alors avec notre escouade de quelques méchas, il faut se protéger et contre-attaquer : on envoie celui qui se fait cibler derrière un bâtiment (destructible !) pour qu’il prenne la rafale à sa place, on fait tirer notre sniper sur un ennemi de flanc en espérant que ça lui explose le bras et on envoie le mitrailleur lourd à la poursuite du tank. Des choix tactiques épineux et gratifiants, que la frise chronologique complexifie merveilleusement bien grâce à une mécanique de dissipation de la chaleur qui oblige à espacer les actions (sous peine d’encaisser des dégâts de surchauffe) et en nous faisant tout gérer au centième de seconde près. Notons tout de même que cette exigence de précision est souvent malmenée par un manque de finesse des clics sur la frise ou par des actions pas très lisibles, des scories agaçantes mais excusables dans un jeu qui vient d’arriver en accès anticipé.

Assemblez, c’est gagné.

Entre deux batailles, on contrôle une base mobile sur une carte de campagne plutôt quelconque, où l’on incarne la résistance contre une dictature à la noix. C'est l'occasion de se frotter à quelques événements aléatoires et surtout de gérer notre réserve de robots, car chaque pièce de chaque mécha peut être changée pour une autre – récupérée en bataille si on a fait attention à ne pas trop exploser les robots d'en face. Cette phase d'assemblage très permissive consiste le plus souvent à choisir entre plusieurs armes principales et secondaires et à trancher entre plus de blindage ou plus de dissipation de chaleur (et donc plus d'actions possibles). Il y en a pour tous les goûts : la présence de tout un tas de stats permet aux nerds de passer des heures à comparer les pièces, tandis que je me suis plus modestement contenté de pousser un petit soupir d'excitation en montant un fusil à pompe géant sur un châssis avec propulseur.

Vivement décembre.

Alors si Phantom Brigade est si enthousiasmant, pourquoi n’a-t-il pas droit au précieux symbole « Sans danger » ? Parce que le jeu n’en est encore qu’à ses balbutiements : pour l’instant, il ne permet que de se battre contre deux types d’ennemis qui sont juste de plus en plus nombreux au fil des missions. Il y a des bugs, des décors qui se ressemblent tous, des ressources pas implémentées, une IA peu imaginative (qui envoie parfois deux de ses robots se percuter) et un certain manque de diversité dans les compétences ; bref, on ne s’amuse plus beaucoup au-delà des premières heures de la campagne. Je suis aussi inquiet par rapport à la clarté du jeu. Il bénéficie certes d’une interface lisible, mais il explique tout très mal : je me suis rendu compte au bout de 10 heures qu’on pouvait ralentir l’action avec la barre d’espace et retourner dans des villages conquis pour recruter des pilotes. Ajoutés au manque de précision dont je parlais plus haut, ces problèmes donnent un jeu trop embryonnaire pour tenir la longueur dans sa version actuelle. Mais pas de panique : les développeurs semblent conscients du travail qu’il reste à effectuer et les prochaines mises à jour devraient corriger tous ces défauts. Perso, je ne vais pas me précipiter et j’attendrai la sortie officielle de Phantom Brigade, en décembre, pour savourer en toute quiétude ce jeu qui a de bonnes chances de rentrer au panthéon du genre.

Phantom Brigade | En l'état : Attendez

| Modifié le 5 mai 2021
Malgré des batailles captivantes, cette première version de Phantom Brigade tombe trop vite à court de contenu. Quand les développeurs auront sorti des patchs pour diversifier tout ça et corriger quelques petits défauts crispants, nous serons les premiers à perdre quarante heures dans ce jeu plein de promesses. En attendant, il est plus raisonnable d’observer son évolution de loin.
L'interface est un peu envahissante, mais elle est très élégante, on a l'impression de voir un jeu Amplitude en compréhensible.