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Genre : horreur
Développeur : IsarL
URL : http://cpc.cx/thecomplex
Ce que le vieil Antoine touchait du doigt, c’est que les monstres – les vrais, pas les nazis – naissent dans l’entre-deux. L’uncanny valley dont il est souvent question dans les images numériques ou dans la robotique, l’inquiétante étrangeté de Freud, correspond à « l'incertitude intellectuelle concernant le fait que quelque chose soit vivant ou non ». Mort nous conviendrait aussi bien que vivant : c’est dans le passage que l’angoisse se niche et attend.
Les espaces liminaux sont pour les lieux ce que l’uncanny valley est pour les visages : un entre-deux figé, ni vraiment là, ni vraiment ailleurs. Ce sont ces photos bizarres d’un ensemble de bureaux vides baignés d’une lumière jaunâtre, ces piscines municipales avec leur sol et leurs murs en faïence, sans nageurs, dans des architectures qui ne correspondent pas à leur fonction, ces couloirs entourés de portes fermées où personne, normalement, ne s’attarde, ces supermarchés déserts, ces hôtels oubliés dont l’Overlook de Shining est le représentant le plus inquiétant.

Entre-deux.

Pour être honnête, cette chronique n’existerait pas sans la vidéo de Super Eyepatch Wolf sur les espaces liminaux, grâce à laquelle j’ai découvert The Complex : Found Footage, un jeu d’horreur qui plonge le joueur à l’intérieur de ces espaces intermédiaires, sans autre artifice que celui d’une architecture impossible et d’un espace qui semble, toujours, en transition. Sous la forme d'un found footage, The Complex vous place, caméra à la main, à l'intérieur de l'un de ces espaces à la fois étranges et mélancoliques, hors de sa fonction et du temps.

Je ne vais pas vous dire ce qu’il faut attendre de The Complex. Le jeu ne vous prendra qu’une petite heure. Tout ce que je peux vous révéler, et qui a déjà été dit par Eyepatch Wolf, c’est que l'auteur du jeu a parfaitement compris d’où naît la terreur dans les espaces liminaux. Il n’essaie pas de maquiller une horreur plus classique avec un décor pioché sur 4chan, Reddit ou Instagram. Il est, peut-être, le seul véritable jeu dont l’horreur repose vraiment sur l’inquiétude un peu vague qu’il y a à regarder des vidéos de lieux qui paraissent à la fois réels et qui ne devraient pas exister. Avec un casque sur les oreilles et la lumière un peu baissée, c’est à la fois beau et terrifiant.