Genre : infiltr'action
Développeur :  IO Interactive
Éditeur : IO Interactive
Plateformes dispo : PC Windows, PS 4/5, Xbox One/Series, Switch
Date de sortie : 26/01/2023
Langues : anglais, français
Prix : 70 €
Vous savez comment c’est : au début, on explore, on farfouille, on est surpris. Mais une fois qu’on a pigé le plan de chacun des merveilleux niveaux de Hitman, on se retrouve toujours à passer par les mêmes endroits, pour assassiner les mêmes cibles, en utilisant les mêmes armes. Sur certains niveaux, ceux de 2016, cette routine m’est familière depuis sept longues années et a beaucoup réduit mon plaisir de jouer. C’est donc avec une très grande hâte que j’attendais depuis six mois le mode Freelance, qui ajoute à Hitman 3 (renommé Hitman : World of Assassination) une sorte de campagne solo parallèle.
Dans son building tout de verre et d'acier, l'agent 47 prend son job, un rail de coke, un café.

La vie de chalet.

Au début du mode Freelance, l’agent 47 n’a plus rien : ni armes, ni outils, ni costumes. Il est même coincé dans la cave d’un joli chalet de bois et de verre, avec tout juste accès à un planisphère d’où il peut partir en mission sur 20 niveaux de la trilogie d’IO Interactive (il manque juste la carte du final et les deux tutos). L’idée est simple : il faut récupérer des armes pendant les contrats pour les ajouter à l’arsenal et, au fil des victoires, débloquer l’accès à d’autres parties du chalet, qui compte plusieurs étages et un joli extérieur bucolique.

La progression de la planque et de l’arsenal ne fonctionne pas du tout.

Mais l’atout phare de ce mode, c’est de proposer des missions différentes de celles de la campagne solo. Les cibles changent à chaque fois et n’importe quel personnage peut en devenir une, ce qui transforme totalement la façon d’aborder chaque niveau. Et puis tout un tas de petites nouveautés viennent pimenter les choses : l’ajout de coffres à piller, de gardes du corps, de défis optionnels mais très lucratifs (ne pas changer de déguisement, empoisonner quelqu’un, utiliser une arme à feu sans silencieux, etc.). Sans compter des variations dans la difficulté, car les contrats qui s’enchaînent font avancer une sorte de compteur (renouvelable) de 18 missions, dont les niveaux contiennent de plus en plus de cibles. Mourir, c’est perdre l’équipement emmené en mission depuis l’arsenal, mais aussi devoir recommencer une nouvelle campagne.
Les valises d'outils sont toutes perdues en cas de mort, contrairement à la collec' d'armes.

Au bord des armes.

Voilà pour les jolies promesses du mode Freelance. Dans l’ensemble, elles sont tenues : après y avoir joué plusieurs jours, je sais que désormais je ne lancerai plus Hitman que dans ce mode de jeu, qui me garantit des cibles inédites à chaque partie. Mais attention, ça ne veut pas dire que tout est parfait : par exemple, la progression de la planque et de l’arsenal ne fonctionne pas du tout. Pour la planque, parce qu’il faut énormément jouer avant de débloquer de nouvelles parties du chalet et qu’elles ne servent quasiment à rien (certaines contiennent un objet gratuit, comme le jardin et sa hachette, mais c’est tout). Et pour l’arsenal, parce que compléter une collection de 19 fusils d’assaut et 15 fusils à pompe n’est pas très attrayant dans un jeu où la plupart des joueurs se contentent d’un pistolet.

Clash investigation

Tous les trois ou quatre contrats au cours d’une même campagne, l’agent 47 embarque pour une mission spéciale, avec une seule cible mais plein de suspects. Il faut les suivre et croiser leur apparence et leur comportement avec ce qu’on sait de la cible (lunettes, cheveux blonds, fumeur…) pour parvenir à tuer la bonne personne. L’enquête n’est pas aisée car il est parfois compliqué de déterminer si un personnage a des boucles d’oreille ou un tatouage, mais je trouve que ça rajoute du piquant à ces missions. Notez qu’elles sont déjà fort ardues car la cible a tendance à s’enfuir du niveau à la moindre alerte, ce qui fait échouer toute la campagne.

Cette gestion de l’équipement donne même une courbe de difficulté bizarre : le jeu est incroyablement difficile au tout début car on ne dispose que d’un seul flingue très bruyant, mais dès qu’on parvient à mettre la main sur un pistolet avec silencieux et à le ramener à la planque, Hitman redevient facile, surtout si on a aussi trouvé un passe-partout ou un pied-de-biche. Du coup, on ne joue pas au mode Freelance pour le plaisir de progresser petit à petit, et c’est vraiment dommage car avec tout le contenu de Hitman, il y avait matière à créer une lente et délicieuse montée en puissance.
Ne vous moquez pas trop, on sait que vous collectionnez des trucs encore plus débiles.

Tout ce sable dans un même bac ?

En revanche, les missions en elles-mêmes réussissent à renouveler complètement le jeu : démarrer sans costume, dans un coin obscur d’un niveau et presque sans matos, le tout pour assassiner des cibles aléatoires, donne l’impression très précieuse de redécouvrir chaque mission avec les yeux d’un nouveau joueur. La perspective de ne pas pouvoir sauvegarder et de perdre toute la progression de la série de contrats en cours si jamais l’agent 47 meurt ou si une cible s’échappe, rajoute aussi un délicieux frisson d’appréhension, même si ça signifie qu’on peut perdre la progression de six heures de jeu à cause d’un seul garde qu’on n’avait pas vu, ce qui n’est jamais agréable.

IO Interactive a réussi à rallonger pour de bon la durée de vie de Hitman.

Forcément, cet aspect punitif rend le mode Freelance à peu près aussi facile d’accès aux débutants que le mondial d’avalage de sabres, mais c’est voulu. Avec cette mise à jour, IO Interactive a voulu donner du grain à moudre à sa communauté de vétérans et rallonger pour de bon la durée de vie de Hitman. C’est réussi : si ce bac à sable procédural montre la direction que veut emprunter le studio pour ses simulateurs d’assassins, alors j’attends avec impatience son prochain projet, une adaptation… de James Bond.