Jean-Christophe Baillie, non content d’être de type cérébral sanguin prononcé (lire à ce sujet le Dictionnaire de phrénologie et de physiognomonie de Théophile Thoré, paru en 1837), est polytechnicien et a fondé le laboratoire de robotique de l’ENSTA ParisTech. Il a aussi, depuis 2011, un projet de jeu vidéo qui lui trotte dans la tête avec des sabots de plus en plus bruyants, si bien qu’il a fini en 2014 par monter sa boîte, Novaquark, pour le réaliser. Ce jeu, vous vous en doutez, n’est pas un point & click narratif qui raconte l’histoire d’un jeune sourd-muet. C’est, comme il aime à le présenter, un continuous single shared mutiplayer universe, un univers multijoueur continu et partagé. « C’est important », précise-t-il. De fait, Novaquark a passé des mois à créer une technologie capable de faire cohabiter, dans un seul univers gigantesque, des milliers de joueurs connectés simultanément. Répartition dynamique de la charge entre les serveurs selon les déplacements de population, ajustement de la fréquence de mise à jour en fonction de la distance (la position d’un joueur situé très près sera rafraîchie en temps réel, celle d’un clampin à l’autre bout de la planète pourra ne l’être qu’une fois toutes les quelques secondes)… Le but est de créer un univers sans la moindre coupure, où les différentes échelles cohabitent de façon totalement transparente, où une communauté humaine peut avoir la taille d’un village, d’une planète ou d’un système stellaire. « Branlette technologique, on s’en fout de tout ça ! », s’écrieront nos lecteurs susceptibles, qui développent sans doute des point & click narratifs qui racontent l’histoire de jeunes sourds-muets. Eh bien, pas tant que ça les amis, parce que dans Dual Universe, gameplay et technique sont intimement liés.