Au risque de passer pour un type un brin monomaniaque, je ne vais pas évoquer le magnifique coffret collector Johnny Hallyday chante Jean d'Ormesson qui trône dans mon salon depuis deux semaines et plutôt vous causer à nouveau de cinéma fantastique. La dernière fois c'était en octobre, dans le Canard PC no 368, il y a prescription. En plus, je ne vais pas aujourd'hui vous parler de films, mais d'un livre : The Thing, phénoménologie de l'horreur, de Dylan Trigg. Chercheur en philosophie à l'université de Vienne, Trigg s'est par le passé beaucoup intéressé à l'expérience de l'angoisse (notamment de l'agoraphobie, dont il est atteint) et à ce que Freud appelait l'inquiétante étrangeté. Dans The Thing, partant des œuvres de Carpenter, Cronenberg et Lovecraft (entre autres), il se demande si l'horreur, et surtout le cinéma d'horreur, n'est pas le meilleur moyen d'exprimer quelque chose d'extrêmement profond dans notre rapport à la chair, à la maladie, au corps et au monde, qui échappe d'ordinaire au langage. L'objectif étant de parvenir, et c'est là le grand projet philosophique de Trigg, à une « phénoménologie non humaine » – en clair, à un moyen de décrire nos expériences subjectives sans partir du point de vue humain, mais de celui de la matière et de nos corps, qui préexistent toujours à nos petites personnes, même si on aimerait bien ne pas trop y penser (rappelez-vous La Mouche, ou de Dans l’abîme du temps). S'il vous reste de la place pour quelques tentacules au pied du sapin, jetez un œil au Chant du Kraken de Pierre Pigot, dans lequel l'historien de l'art part sur les traces du monstre marin de l'antiquité à Lovecraft, en passant par le romantisme et la psychanalyse. Le bouquin de Pigot a par ailleurs l'avantage, tout en étant somptueusement écrit, d'être plus accessible que celui de Trigg.