| Modifié le le 25 mai 2021
Parce qu’il ne pouvait y avoir que trois gagnants mais qu’il y avait des pelletées de bons jeux, la rédaction a décidé de remettre des prix spéciaux aux créations les plus marquantes de cette game jam, afin de saluer le génie de leurs auteurs.
Prix du psychotrope
Katamari’s Gate, par Grhyll
À notre connaissance, aucun Katamari n’a été adapté sur PC. Grâce à Grhyll, c’est – presque – chose faite. Précision pour les non-consoleux qui nous lisent par milliers : cette série de jeux se caractérise par la possibilité offerte au joueur d’incarner une petite sphère d’énergie toute-puissante, à laquelle adhèrent les objets du décor, et qui, telle une boule de neige, grossit à mesure que s’y greffent des machins minuscules, puis moyens, et de plus en plus grands avant que la situation ne vire au n’importe nawak. Grhyll a imaginé un Katamari par les développeurs du premier Baldur’s Gate. Que Grhyll soit remercié pour ces moments de solitude dans la grange, à grossir à coups de pièces d’or et à slalomer entre les sprites de rats avant de devenir assez volumineux pour les intégrer à leur tour à ce grand œuvre difforme et vaguement sphérique. Merci aussi pour ces éclats de rires spontanés devant les imitations pourlingues d’une Imoen bâclée sous Paint – rapidement « assimilée » à son tour dans un moment de jouissance extrême – et bravo pour la vacuité insondable de son œuvre dont l’ampoule psychédélique a illuminé, l’espace de quelques minutes, un après-midi neigeux de février.
Prix de l'emmêlage de doigts
Pac Man Miami, par deverdeb
Et si Pac-Man rencontrait Hotline Miami ? Après tout, les deux titres sont parfaitement ancrés dans les années 1980. Comme dans les titres de Dennaton Games, chaque mission démarre sur un coup de fil. Un anonyme nous demande d'aller ramasser ses « cachets » qu'il vient d'égarer dans la rue parce que... Parce que bon. Et comme on est sympa, on dit oui. Le coup de main va tourner court, puisque Pac-Man va consommer lesdits cachets et, pris d'une crise de rage, laisser les fantômes qu'il touche dans une mare de sang. C'est beau, mais pas seulement : l'incroyable nervosité du gameplay rappelle furieusement celle de Hotline Miami. Notre boule jaune se déplace à une vitesse absurde, et le tabassage du moindre fantôme fait trembler l'écran pour nous en faire ressentir toute la violence. Un choix qui, bien entendu, casse volontairement le gameplay de Pac Man Miami, puisque les contrôles sont à la limite du supportable et exigent des nerfs d'acier pour ne pas craquer lorsqu'on loupe l'entrée d'un couloir pour la cinquième fois. Cher deverdeb, vous nous avez bien gonflés et c'était vraiment cool.
Prix de l’immersion
Flappy Kehrmaschinen Simulator 2017 Professional – Christmas Edition, par Don Moahskarton
Il a toujours manqué un je ne sais quoi à Kehrmaschinen Simulator 2011, la simulation ultra pointue de motocrotte du studio Astragon. Grâce à Don Moahskarton, on a mis le doigt dessus : Kehrmaschinen Simulator 2011 manquait de fantaisie. Il a suffi d'un astucieux mélange avec Flappy Bird pour donner au simulateur le souffle d'extravagance qui lui manquait. Rassurez-vous, Flappy KehrMaschinen Simulator 2017 reste d'un réalisme bouleversant. Son décor pastel, dessiné à la main avec amour, rappelle les rues berlinoises dans la lumière rose de l'aurore, avec leurs bus, leurs poubelles en métal et leurs feux rouges, tous les éléments emblématiques d'une ville allemande. Mais tout ça, le jeu conçu par Astragon le proposait déjà. Le vrai génie de Don Moahskarton – à part l'embauche d'un artisan bruiteur à la bouche, qui renforce encore l'immersion –, c'est d'avoir su que les mécaniques de Flappy Bird sublimeraient le concept de simulateur urbain. Tenez, par exemple, la motocrotte qu'on conduit peut sauter afin d'esquiver les voitures qui arrivent en sens inverse, ce qui est quand même plus rigolo que se contenter de sagement longer les trottoirs. Comme quoi, une bonne simulation peut s'autoriser quelques écarts.
Prix de la migraine
Sid Meier’s Civilization Crush Saga, par Isator
Sid Meier, à lui seul, a inspiré pas moins de trois jeux. Parmi eux, le Candy Crush Saga de tonton Sid imaginé par Isator. Nourriture, production, science, culture, or s’amassent par le biais d’un match-3 et sont ensuite exploitées dans des écrans de gestion dont l’interface obtient haut la main la certification « abominable » selon la norme ISO 666. On fermera les yeux sur les quelques violations de droits quant à l’utilisation de certains assets graphiques pour retenir la musique, chiptune faite maison et entêtante, et les doublages remplis d’atroces calembours. Le pire dans tout cela est que SMCCS n’est pas une démo mais un vrai jeu, complet, qui nous emmène de l’antiquité aux temps modernes. Et dont les mécaniques complexes, les manipulations laborieuses, les couleurs vives et les détourages à la truelle ont provoqué au sein de la rédaction un achat soudain et massif de paracétamol. L’auteur lui-même a avoué ne pas être allé au bout de son jeu avant de le publier. Une vraie garantie d’horreur, ou alors on n’y connaît rien.
Prix du jeu politique
La Démocracie, par ShinSH
Democracy 3, de Positech Games, parvenait déjà à très bien simuler le côté chaotique et imprévisible des démocraties modernes : on lançait des réformes un peu au pif et on était souvent réélu sans trop savoir pourquoi. Mais avec La Démocracie, mélange entre Democracy 3 et les jeux de GungHo, ShinSH a encore relevé le niveau, et pas seulement parce que le jeu nous accueille avec une superbe Marseillaise jouée à la flûte à bec. Au début de chaque tour, on serre une main et une petite boule tombe de la braguette de notre interlocuteur. Dans la boule, une carte aléatoire, plus ou moins rare, décrit une réforme : mise en place de comités de démocratie locale, mariage pour tous, suppression de l’ISF, Frexit... Chaque mesure affecte la crédibilité et la popularité de votre gouvernement, ainsi que sa position sur l’axe gauche-droite. Il est possible de revendre les cartes qu’on ne souhaite pas conserver, mais c’est rarement nécessaire : à la fin du mandat, même si on a fait n’importe quoi et qu’on a pris des mesures contradictoires, on est réélu sans trop savoir pourquoi. Une bien belle initiation aux subtilités du débat public.
Prix de l’ambition démesurée
Pokémon Trust & Betrayal, par Maître Pantoufle
Tout le monde ne connaît pas Chris Crawford. Ce game designer à qui l'on doit notamment Tanktics (l’un des premiers wargames à hexagones, publié en 1978) et The Global Dilemma : Guns or Butter (un jeu de simulation économique sorti en 1990, aussi complexe que peu ergonomique), a dans l’industrie l’image d’un génie un peu fou, dont les productions ont tendance à être difficilement accessibles, pour ne pas dire incompréhensibles. Le plus obscur reste Trust & Betrayal : The Legacy of Siboot, titre dans lequel le joueur devait construire des phrases à partir d’éléments sémantiques de base. Pokémon Trust & Betrayal importe cette mécanique dans l’univers de Pokémon. En imbriquant les syntagmes, les propositions et les adjectifs, on obtient des horreurs comme « Caracapapuce fait une proposition à Bulbalbizarre que tu soignes toi-même à condition que caracapapuce pense que tu massacres Bulbalbizarre ». Rapidement les pokémons sont perdus, le joueur aussi, et tout se termine dans la plus grande confusion.