À l'heure des moba survoltés et des FPS compétitifs au rythme effréné, World of Warships reste une anomalie. Son concept même ressemble à une vaste blague : prendre le déjà lent World of Tanks (du même studio), multiplier par dix l'inertie du jeu et le transposer sur des cartes planes d'océan, il fallait oser. Pourtant, contre toute attente, World of Warships propose des batailles navales épatantes. Le concept de World of Tanks se prête admirablement bien à la marine : l'artillerie s'y mue en porte-avions, les chars légers en agiles destroyers bardés de torpilles, les tanks moyens en croiseurs polyvalents et les chars lourds en cuirassés à la fois patauds et surpuissants. Il y a de l'action, et même de l'action survoltée (forcément, avec des obus aux dimensions d'un videur de boîte de nuit, les tirs et les explosions débouchent bien les oreilles), mais malgré cela World of Warships n'est pas pour tout le monde. Attendre une bonne minute entre deux tirs et avancer à deux à l'heure – au point qu'un pilote automatique existe pour permettre d'alt-tab sans trop s'inquiéter – ne conviendra sans doute pas à votre petit cousin de quatorze ans qui trouve déjà Counter-Strike trop mou. De mon côté, je me délecte au contraire de la lenteur ambiante. Déplacer des tonnes d'acier d'une simple pression de l'index, sonner une corne de brume et observer le paysage entre deux salves dévastatrices me rend tout simplement heureux. Ce qui m'embête vraiment, en revanche, c'est la répétitivité : il n'y a pas des milliards de façons de faire s'affronter deux équipes de quinze navires. Au bout d'une heure ou deux, les parties se ressemblent un peu toutes.