Il faut bien comprendre (et je vais passer plusieurs pages à vous l’expliquer d’un ton docte mais néanmoins accessible) à quel point les jeux vidéo de tennis n’ont aucun rapportNote : 1 avec le tennis, que ce soit en tant que pratiquant ou que spectateur. À la télé, confortablement assis, on admire les trajectoires de balle, les courses impossibles, le corps des athlètes au bord de l’effondrement. On ne rate pas une seconde des interviews parfaitement insipides de Nelson Monfort et de son inénarrable accent, et on profite généralement d’au moins un match pour se taper en douce une petite sieste, bercé par le bruit régulier des échanges de balles et les cris de ceux qui triment. C’est un plaisir de jouisseur. En tant que pratiquant, c’est bien différent : on vit dans le moment, non pas frappe après frappe car il faut essayer de construire son jeu, de prendre l’avantage sur l’autre, mais point après point. On calcule instantanément les angles, on se place correctement (bien parallèle à la trajectoire) sans même y penser tant les pieds ont l’habitude, on modifie légèrement sa prise de raquette, et on agite le bras à toute vitesse, consciemment mais presque sans le voir car on ne regarde que la balle, avec l’adversaire dans la vision périphérique. Il y a le plaisir de la course, celui de réussir à placer la balle au bon endroit, surtout celui de prendre l’ascendant, de dépasser l’autre par la technique, la tactique ou les deux. Autrement dit c’est un plaisir d’esthète. Et même quand on perd, même quand on tombe de fatigue et qu’on banane une balle sur deux, il reste la joie simple des vibrations de la raquette dans le bras à chaque frappe. Même quand on est petit et gros (ce n’est bien sûr pas mon cas, moi qui suis sculpté à l’image des dieux de l’Olympe, mais faisons tout comme), on peut s’amuser. Jouisseur, esthète... bon, pas de chance, aucun jeu vidéo de tennis n’a jamais réussi à s’approcher de ces aspects.

Note 1 : On pourrait appliquer le même raisonnement aux autres sports, sauf que ça pose beaucoup moins de problèmes : les autres jeux vidéo de sport sont généralement collectifs, et réimaginent donc complètement leur discipline. Quand on joue à FIFA, on ne s’imagine pas qu’on joue au foot ou qu’on en regarde, mais simplement qu’on joue à FIFA. Alors que quand on joue à un jeu de tennis, on essaye de singer le tennis.