À chaque génération, naissent deux êtres d'exception, l'un mauvais et l'autre bon, destinés à s'affronter. Selon l'issue du combat, les trente prochaines années seront pour l'humanité un temps de prospérité ou de guerre. Nous sommes en 1934 et, tandis que l'économie mondiale s'enfonce dans la dépression, qu'une sécheresse historique dévaste les États-Unis et que le fascisme triomphe en Europe, le destin de l'humanité repose sur les épaules d'un prêtre charismatique et d'un jeune orphelin recueilli par un cirque itinérant. Raconté comme ça, Carnivàle (La Caravane de l'étrange en VF) ressemble à un Highlander du pauvre. Pourtant, cette série de HBO, annulée en 2005 après seulement deux saisons et encore trop méconnue aujourd'huiNote : 1, compte parmi les plus belles et les plus uniques de l'histoire de la télévision. Magistralement écrite, filmée, photographiée et jouée, son récit, chose rare, parvient à lier un symbolisme riche et parfois intellectualisant à des situations profondément humaines. Si la première saison manque un peu de rythme et tient surtout par ses qualités esthétiques, la seconde, long crescendo vers le combat final, sublime, entre la compassion et la cruauté, est un chef-d'œuvre. À l'heure où flotte sur le monde un parfum des années 1930, où le climat se réchauffe à nouveau, on sort des deux saisons de Carnivàle avec l'étrange conviction d'avoir vu une histoire non seulement exceptionnelle, mais qui devait être racontée.

Note 1 : Tant mieux pour David Lynch, qui s'en est inspiré à de multiples reprises pour son reboot de Twin Peaks.