C'est par hasard que j'ai découvert l'existence des cuiseurs à riz. J'accompagnais Kahn Lusth acheter une yaourtière à Darty (la sienne était tombée en panne) quand nous sommes passés devant un rayon rempli d'appareils étranges. « Cuisez votre riz et vos légumes en une pression de bouton », vantaient les affiches. « Les gars, j'ai merdé, "il" a tout découvert », a soufflé Kahn Lusth dans sa manche d'un air paniqué. Sans même le faire exprès, j'avais déjoué quatre années d'efforts conjoints de mes collègues. Ils voulaient que je reste un pestiféré des légumes, un butor de l'estomac, un parasite tout juste bon à se nourrir d'emballages de peur de rater ses cuissons ; ils voulaient continuer à me clouer au pilori gastronomique et à me tourner en ridicule grâce à des questions comme « alors Izual, qu'est-ce que tu as mangé hier soir ? » auxquelles, naïf, je donnais une réponse honnête mais misérable. Disons-le : c'était un complot. Sinon, quelqu'un m'aurait forcément pris par l'épaule pour me dire : « Izual, un autre monde est possible. Un monde où il suffirait d'appuyer sur un simple bouton pour résoudre tous tes problèmes. Tu sais, les cuiseurs à riz sont un peu le Fallout 2 de la cuisine. » Illuminatis de la cuisson, francs-maçons de la nutrition, reptiliens des fourneaux, je vous en veux beaucoup. Vous m'avez privé de belles années à engloutir du riz par kilos entiers.