Jelly et moi, nous nous sommes rencontrés par l'intermédiaire d'un ami qui m'avait prévenu : « Elle est un peu difficile, mais je pense que tu pourrais l'aimer. » C'était vrai : elle et moi, nous nous sommes aimés, pendant quelques jours qui ont paru des années, bien qu'elle fût, il avait raison, très difficile. Ce qu'il y avait de plus touchant, là où son charme était le plus audacieux, c'était dans son intense simplicité : un jeu de puzzles, répartis sur quarante tableaux, sans tricheries, sans fard, sans faux semblants. Chaque tableau se présentait, à chaque fois, avec la même évidence touchante : des blocs de couleur, qui allaient deux par deux, séparés, et qu'il fallait recoller. D'un clic droit, on poussait un bloc vers la droite. D'un clic gauche, il glissait sur la gauche. Les blocs bleus allaient avec les blocs bleus, les blocs jaunes avec les blocs jaunes, et chacun retrouvait sa chacune. Bien entendu, les blocs étaient soumis à la gravité : un bloc tombé ne pouvait pas remonter, il fallait donc faire très attention à l'ordre des choses. Et les blocs, une fois unis, comme les véritables amants, ne pouvaient se désunir. Jelly, dès les premiers instants, agissait sur moi comme un mystère : comment une telle simplicité apparente pouvait-elle provoquer des sentiments si complexes et me plonger dans de tels abîmes de perplexité ?