Casey Davies (Jesse Eisenberg), employé trentenaire et effacé, vit une existence rangée dans son petit appartement, seul avec son teckel. Un beau soir, alors qu'il va acheter des croquettes à son chien, il est violemment agressé par une bande de motards. Profondément traumatisé, Casey, qui vivait déjà dans la crainte du reste du monde, s'effondre pour de bon. Alors, lorsqu'il tombe par hasard sur un étrange dojo qui propose un cours de karaté gratuit, il se laisse tenter : et si apprendre à se battre était le meilleur moyen de dominer ses peurs et de reprendre le contrôle de sa vie ? Raconté comme ça, The Art of Self-Defense ressemble à un drame social naturaliste avec plans fixes sur des banlieues-dortoirs. C'est pourtant tout le contraire : une comédie, ou presque, qui oscille en permanence entre absurde, violence et humour grinçant, où des personnages joués de façon volontairement artificielle errent dans un monde qui l'est tout autant (on pense aux films de Yorgos Lanthimos, notamment à The Lobster, autre portrait des mœurs modernes aux métaphores aussi délirantes que brillantes). C'est surtout l'un des films les plus intelligents jamais écrits sur la masculinité. Que signifie être un homme ? Qu'est-ce que l'impératif de virilité fait aux mecs ? Comment sortir par le haut de ce piège qui, de peurs en frustrations, condamne à reproduire inlassablement les mêmes schémas toxiques ? Au milieu de scènes géniales où des cols blancs décérébrés décident de faire des pompes au milieu du bureau et où on se demande si parler à un teckel en allemand peut faire de lui un chien-loup, The Art of Self-Defense vise extrêmement juste.