The Witness est un jeu dans lequel le joueur, isolé sur une île, doit résoudre des centaines de puzzles qui se ressemblent tous : des lignes qu’il faut tracer dans des labyrinthes, installés sur des écrans placés dans le décor. Il n'y a aucun texte qui explique comment s'y prendre pour résoudre les puzzles, ni pourquoi le joueur est ici ou ce qu'il doit faire. A priori, le jeu ne propose aucune histoire, aucun scénario : juste une île remplie de puzzles et, parfois, un enregistrement d'un philosophe ou d'un scientifique qui parle de ses travaux. Vers la fin de l'aventure tout de même, en résolvant quelques énigmes plus difficiles que les autres, il est possible de découvrir des schémas un peu bizarres. Ces six schémas, une fois utilisés dans une salle cachée sous un moulin, donnent accès à six vidéos qui semblent vouloir dire quelque chose, mais qui restent assez obscures. La première de ces vidéos est un programme réalisé par la BBC dans les années 1970, dans laquelle l'historien James Burke parle de la science comme unique moyen d'accéder à une connaissance réelle. Dans la deuxième vidéo, le physicien Richard Feynman explique qu’il ne fait pas confiance à la religion pour expliquer le monde. La troisième vidéo est une séquence tirée du film Nostalghia d'Andreï Tarkovski. La quatrième vidéo, la plus difficile à découvrir, est une master class d'une heure de Brian Moriarty, un concepteur de jeu vidéo américain. La cinquième vidéo est une conférence de Rupert Spira, un penseur de la non-dualité, qui réfute l'idée qu'il existe une séparation entre notre conscience et le monde extérieur. Dans la sixième vidéo, enfin, Gangaji, une enseignante bouddhiste, explique que, pour être heureux, il faut cesser de rechercher l’objet de notre désir. Parmi les six vidéos, parce que c'est la seule œuvre de fiction, la séquence tirée de Nostalghia sort du lot. C'est en la voyant dans ce cadre, sous le moulin de The Witness, que j'ai cru tout comprendre, à la fois de ce que voulait dire le jeu et le film. En la revoyant, j'ai finalement compris que je n'avais peut-être pas compris.