Il s’agissait pourtant cette fois de deux camarades qui me connaissent depuis longtemps : l’un journaliste expérimenté à qui je dois d’avoir intégré la presse de jeu vidéo, l’autre ancien dirigeant d’un studio indé de développement. Leur surprise est venue de mon obstination, « même après vingt ans » ont-ils chacun soupiré comme s’il s’agissait d’une coquetterie ou d’une tocade dont le temps aurait dû avoir raison, à ne pas me considérer comme faisant partie du milieu du jeu vidéo français. J’eus beau expliquer que le jeu vidéo était mon sujet, pas mon milieu, puisque j’appartiens à celui de la presse, on balaya mes arguments d’un « tu peux demander à n’importe qui dans le jeu vidéo, il considérera que tu en fais partie, c’est évident pour tout le monde ». Ainsi en est-il apparemment du journaliste spécialisé : s’il n’oublie pas lui-même la distance, mentale et professionnelle, qui le sépare de son objet d’étude, c’est ce dernier qui l’oublie pour lui. Pour une part, c’est de là que vient le malentendu qui conduit parfois les acteurs ou représentants du jeu vidéo à considérer que certains de nos articles « crachent dans la soupe », ou à envisager en toute innocence (avant heureusement de changer d’avis) de récompenser le meilleur « influenceur » lors de la cérémonie des Pégases. Ainsi nous serions tous – game designers, journalistes ou vidéastes – des collègues « créateurs de contenus »...