Je préfère depuis plusieurs années les nouvelles aux romans, parce que je suis convaincu que la forme romanesque, héritière d'une époque où existaient encore des destins au sens classique du terme, n'est plus adaptée aux existences atomisées de notre monde post-moderne. Haha mais non je déconne ! Si je préfère les nouvelles aux romans, c'est parce que les écrans et Twitter ont tellement frit mon cerveau que j'ai la capacité d'attention d'un chiot épileptique. Et tant mieux, car un cortex sain n'aurait peut-être pas apprécié à leur juste valeur les nouvelles d'Amelia Gray, dont un critique a dit qu'elles étaient l'équivalent littéraire des œuvres de Lynch et Cronenberg. Un rencard durant lequel les amoureux partagent une assiette remplie de cheveux, une erreur administrative qui amène la police à laisser des cochons sauvages négocier une libération d'otages... Chaque histoire mêle banalité, absurde, poésie et malaise en proportions égales. Du magical uncanny, comme il existe du magical realism. Par ailleurs, si vous ne lisez pas l'anglais, et que vous êtes capable de rester concentré pendant plus de cent pages, sachez que contrairement à ses recueils de nouvelles AM/PM, Museum of the Weird et Gutshot, son roman Threads a été traduit dans notre langue sous le titre Menaces.