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Jeu: Curious Expedition 2
Genre: simulateur d'expédition
Developpeur: Maschinen-Mensch (Allemagne)
Editeur: Thunderful Publishing
Plateforme test: PC Windows
Config: PC de joueur
Telechargement: 2 Go
Prix: 20 €
Drm: Steam
Plateformes dispo: PC Windows, PS4, Xbox One, Switch
Date de sortie: 28/01/21
Langues: VF intégrale
Jour 42 de l’expédition. Cela fait plusieurs semaines que je cherche un missionnaire disparu sur une île tropicale, où aucun explorateur n’a jamais mis les pieds auparavant. On dit qu’il est détenu par des indigènes dans un village du coin, et qu’il doit être sacrifié lors du solstice d’été. Parmi les membres de mon équipe, il y a un prêtre, une infirmière, un enfant des rues et un cuisinier. L’infirmière a attrapé la malaria, le prêtre s’est mis à tenir des propos incohérents après avoir ingéré un champignon violet trouvé dans une grotte, le cuisinier a des plaies qui se sont infectées suite à notre combat contre un vélociraptor, et je suis en froid avec l’enfant des rues depuis qu’il s’est déclaré frustré par mon incompétence à diriger. Tout se passe terriblement mal, et je sais que personne ne sera là pour chanter mes chansons si je venais à périr, mais je vis l’une des plus belles aventures de mon existence.

Je suis une bien piètre dirigeante, une gestionnaire médiocre et une mauvaise diplomate, mais je ne peux pas m’empêcher de relancer des parties.

Les aventuriers déraillent.

Il faut avouer que j’ai eu plusieurs fois l’occasion de me rendre compte de mon incompétence à diriger. La première fois, c’était lorsque l’intégralité de mon équipe s’est mise à sombrer dans la démence, après avoir fui cinq combats de suite parce qu’elle était bien trop faible pour continuer. C’est aussi arrivé lorsque j’ai profané un sanctuaire pour y récupérer des offrandes, et que le sol s’est ouvert sous nos pieds – et un peu plus tard, quand j’ai décidé de voler la marchandise d’un vendeur itinérant faute d’argent pour le payer. Bref, je suis une bien piètre dirigeante, une gestionnaire médiocre et une très mauvaise diplomate, mais je ne peux pas m’empêcher de relancer des parties de Curious Expedition 2 – ne serait-ce que pour savoir de quel récit cette machine à histoires va bien finir par accoucher cette fois-ci. Le jeu se présente comme un rogue-like de simulation d’expédition qui se déroule juste avant l’exposition universelle de Paris, à la fin du XIXe siècle. On y incarne une exploratrice, qui part sur des terres inconnues pour les cartographier, ramener des espèces de fleurs rares, sauver des personnes disparues, trouver l’entrée d’une pyramide légendaire, ou encore récupérer des œufs de dinosaures. Bref, tout est un prétexte pour lever les voiles et partir à la découverte de terres mystérieuses, et revenir à Paris les bras chargés de trésors, de pierres précieuses et de reliques sacrées sous l'acclamation des foules.

Lorsque je vois mon équipe se frayer un chemin parmi les volcans en éruption et les plantes épineuses, j'ai sincèrement peur pour elle.

La ballade des gens peureux.

Au début de chaque partie, il faut choisir un mécène pour financer son expédition, ce qui vous permettra d'acheter quelques objets nécessaires au voyage – qu'il s'agisse d'armes, de trousses de premiers secours, de torches ou encore de tonifiants de ruse qui vous donneront un avantage lors des combats. Systématiquement, votre personnage ira boire un verre dans un bar, où il pourra notamment écouter les récits d'autres aventuriers, recruter des personnages ou enchaîner les décisions inconsidérées (comme perdre tout son argent lors de paris stupides ou boire à en perdre la raison). Quand l'aventure commence, une immense carte recouverte de parchemin s'affiche, et les hexagones qui la composent ne se dévoilent qu'à mesure que les personnages de l'expédition avancent. Chaque déplacement coûte de la santé mentale aux membres de votre équipe – si vous n'y faites pas attention, ils deviendront très vite complètement fous ou piqueront des crises de colère pour rien (typiquement, un de mes membres m'a abandonnée parce qu'il n'aimait pas ma manière de faire le thé, tandis qu'un autre a fait une mauvaise blague sur ma dernière convention dédiée aux papillons). Pour restaurer votre santé mentale et éviter ce que le jeu dénomme des « événements de démence », il faut trouver un endroit où se reposer ou toujours avoir de la nourriture sur soi. À chaque mission, il y a plusieurs objectifs à accomplir, qui nécessiteront donc d'explorer une bonne partie de la carte, où des points d'intérêt peuvent s'afficher – un temple à visiter, des cascades où se reposer, des épaves de bateaux à fouiller ou encore des villages où passer la nuit. Des événements aléatoires peuvent survenir à tout moment, vous obligeant constamment à vous adapter. Vous croiserez aussi des indigènes avec lesquels vous entretenir ou des animaux sauvages dont le comportement peut varier selon vos actions précédentes (note pour plus tard : ne jamais voler de l'ivoire dans un cimetière d'éléphants, ils ne vous lâcheront plus).

La croisière, ça m'use.

À cet égard, Curious Expedition 2 a un côté embarrassant. C’était d’ailleurs déjà le cas du premier, qui avait notamment été qualifié de « simulateur de trou du cul »Note : 1 (faute de meilleure traduction) et de « simulateur de violence coloniale » : à chaque expédition, on arrive sur des îles où l'on peut passer le plus clair de son temps à se battre contre des animaux et des indigènes, à piller leurs sanctuaires, abuser de leur hospitalité et voler leurs offrandes avant de rentrer couvert de gloire. Derrière son écriture volontairement naïve et ses jolis dessins à la ligne claire directement inspirés des aventures de Tintin, le jeu nous met dans la peau d’un explorateur qui se questionne occasionnellement sur le mal qu’il peut faire – mais de manière plutôt superficielle, malgré les tentatives du jeu de nous faire privilégier la diplomatie au conflit. Il fait cohabiter des figures historiques (à un moment, j'ai carrément eu Jules Verne dans mon équipe, mais ce gros lourd voulait tout le temps s'arrêter pour écrire) avec des dinosaures colorés, des fantômes de pirates, des taupes qui parlent et des salamandres avec qui il est possible de former une alliance, et assume complètement son côté surréaliste. La figure désuète de l'explorateur est surtout une manière d'introduire des mécaniques de jeu, où chaque acte a son importance, chaque combat (qui se joue aux dés, comme de nombreuses actions) se fait à la sueur de votre front, et chaque choix se fait avec la crainte de tout faire capoter au dernier moment.

Note 1 : « The Curious Expedition is a disturbing portrait of the colonial mind », KillScreen : http://cpc.cx/CuriousExpedition

Conquistador, j'adore.

En dehors de ses défauts, ce qui fait le charme de Curious Expedition 2, c'est son côté évolutif : les cartes deviennent de plus en plus vastes et difficiles à explorer, la narration procédurale parvient encore à me surprendre après des heures de jeu, et même en ayant l'impression d'être devenue une exploratrice aguerrie, je me sens constamment en difficulté. Lorsque je vois mon équipe se frayer un chemin parmi les volcans en éruption et les plantes épineuses, j'ai sincèrement peur pour elle. Je pousse un énorme soupir de soulagement dès que je tombe sur une oasis ou un village où les reposer pendant la nuit, et un petit cri enjoué quand un œuf de dinosaure éclot dans mon inventaire. N'importe qui peut périr ou décider de partir sans se retourner à tout moment, et je me sens suffisamment impliquée pour vouloir maintenir tout le monde en vie. Bref, j'ai l'impression de vivre une aventure, une vraie – avec toutes les mauvaises décisions et les moments de doute que ça implique.

Notre avis

Ellen Replay le 23 février 2021

| Modifié le le 25 mai 2021

Curious Expedition 2 est une formidable machine à histoires dans laquelle on peut se perdre pendant des heures. Grâce à sa narration procédurale, ses combats engageants et ses nombreux événements aléatoires, aucune de ses heures ne se ressemble, et c'est tout ce qui fait sa force.