Jeu: Barrage
Genre: placement d’ouvriers, gestion
Createurs: Simone Luciani, Tommaso Battista
Editeur: Cranio Créations, Intrafin
Nb joueurs: de un à quatre
Duree: deux heures
Difficulte: difficile
Prix: 65 €
Sortie prevue: déjà disponible
Genre: placement d’ouvriers, gestion
Createurs: Simone Luciani, Tommaso Battista
Editeur: Cranio Créations, Intrafin
Nb joueurs: de un à quatre
Duree: deux heures
Difficulte: difficile
Prix: 65 €
Sortie prevue: déjà disponible
Untitled
le 9 septembre 2020
| Modifié le le 6 mai 2021
Dans les jeux de gestion, la clé de la victoire est souvent de faire efficacement barrage aux plans des adversaires, mais l’idée a rarement été aussi littérale. Car ici, poser un pion de bois peut coûter autant de ressources que d’amitiés.
Au départ pourtant, rien ne semble destiner la bête à être au centre d’un affrontement violent. Certes, l’un des personnages a un bras robot, mais cette esthétique steampunk un peu artificielle est surtout destinée à faire oublier la grisaille du thème : la production hydroélectrique. Le charme n’est cependant pas rompu, car même si les jolis meeples sur pattes sont des bétonnières et des excavatrices au lieu de robots, les illustrations sont superbes et collaborent avec les roues en carton pour donner un vrai style. La guerre, certes purement économique, commence avec la répartition des nations et des Directeurs, avec des combos plus ou moins faciles à exploiter. Celui qui choisit en dernier tire forcément un peu la tronche, mais il gagne le droit de jouer en premier. Ce n’est pas rien tant chaque action est cruciale, dès le début. Premier coup, et premier contre-coup, même si à ce stade les sourcils froncés et les têtes d’enterrement sont plutôt dues à un haut niveau de concentration.
Les sacripants font la roue.
Il y a beaucoup de règles à comprendre, beaucoup de choses à prendre en compte. On a affaire à un placement d’ouvrier tout à fait classique, type cornet vanille, mais avec une quantité incroyable de toppings. L’action principale est la construction, tellement essentielle qu’elle est sur le plateau de chacun pour ne pas être blocable ; plus on construit dans un tour, plus cela coûte cher en ouvriers, enfin, en ingénieurs, c’est plus chic. À noter avec délice que rien n’est définitivement dépensé : les machines utilisées, comme la tuile construction qui détermine le bâtiment, sont placées sur une roue et reviennent lorsque le tout a fait un tour. Impossible donc de construire plusieurs fois le même type de structure d’affilée, à moins d’aller se procurer une tuile de construction spéciale. Un atout très avantageux lors du premier tour, certes, mais qui coûte cher et imposera d'arbitrer, faire tourner sa roue plus vite pour récupérer ses machines, ou de grappiller quelques excavatrices supplémentaires. Et évidemment il faut aussi garder quelques ingénieurs pour aller produire, deuxième action cruciale et presque seule façon de marquer des points. Ajoutez à cela un zeste d'effet boule de neige avec les contrats et le fait que construire des structures peut générer des revenus, et dégustez lentement…
La guerre économique, c’est aussi avec des massues.
Du coup, au départ, tout le monde s’active à se construire des moteurs, notamment un moteur à sous (comme la déesse japonaiseNote : 1) car si quelqu’un s’est déjà placé à un endroit convoité, on peut souvent y aller quand même moyennant quelques pièces. On place des premiers éléments sur l’un des circuits de lacs partant de la source, comme s’il y avait de la place pour tout le monde. Ce qui est très fort, c’est qu’il n’y a pas en soi de mauvais départ, car tout a le potentiel de servir à un moment quelconque et une erreur a des chances d’être rattrapée. Moins si un plaisantin vient s’acheter une conduite exactement à l’endroit où vous vouliez construire la vôtre, bien sûr… Et très vite ça s’envenime, notamment car la quantité d’eau disponible, nécessaire pour produire (hydroélectrique, vous vous souvenez ?) est très limitée. Vous le voyez venir, ce petit barrage que l’adversaire posera juste au-dessus du vôtre, histoire que vous ne voyiez jamais la couleur des gouttes ? Les termes « Mais… non ! », « Raaaah » ou autres « Sagouin ! » (niveau de politesse non contractuel) flottent au-dessus de la table à chaque action. Le niveau de violence des blocages rapproche parfois les sensations de jeu de titres beaucoup plus militaires, loin des machines de gestion égocentrées ou à l’affrontement feutré.Note 1 : NDLR : Et on applaudit bien fort Untitled qui remporte haut la main le prix du jeu de mots le plus délicieusement tordu de l'année !