Cela fait des mois que la DDR5 se fait attendre, et les premiers kits sont arrivés fin 2021, pour accompagner la sortie d’Alder Lake, première génération de CPU grand public à prendre en charge cette nouvelle technologie. Nous vous en parlions dans Canard PC Hardware 51, la 12e génération de Core est une franche réussite de la part d’Intel, tant du côté des performances que dans le nombre d’innovations importantes que cette nouvelle fournée de CPU apporte au monde de l’informatique (architecture hybride, PCI-Express 5.0, DDR5…). Mais Intel a fait le choix de conserver le support de la DDR4, ce qui signifie que les constructeurs de cartes mères proposant des modèles sur le socket LGA1700 ont dû créer deux versions de leurs produits : une avec des DIMM pour la DDR4, et une autre identique, mais munie de connecteurs pour DDR5. La DDR5 présente ­pourtant quelques avantages sur le papier, à commencer par une bande passante plus importante ainsi qu’une consommation en légère baisse par rapport à la DDR4. Mais la question de l’utilité d’un passage à ce nouveau standard se pose malgré tout, et pour y répondre il faut commencer par déterminer si l’éventuel gain de performances offert par la DDR5 justifie son prix.

Déterminer si l’éventuel gain de performances offert par la DDR5 justifie son prix.

Les petites différences.

Avant les tests, quelques remarques. Premièrement, la DDR5 fonctionne un peu différemment des autres technologies : depuis la fin des années 1990, les barrettes DIMM fonctionnent sur un bus 64 bits, alors qu'avec la DDR5, on passe sur un double bus 32 bits. Ce point ne change pas réellement les performances maximales (Intel continue de considérer qu'il s'agit d'un bus 64 bits), mais peut améliorer l'efficacité dans certains cas. Deuxièmement, comme à chaque évolution, les premières barrettes offrent des fréquences assez conservatrices : la DDR5-4800 peut sembler un peu légère face à la DDR4 qui peut atteindre cette fréquence, mais la petite nouvelle a évidemment de la marge. Pour rappel, la DDR4 a été introduite dans le grand public avec la variante DDR4-2133 en 2015, avec les CPU Skylake, et elle n'offrait que peu de gains par rapport à la DDR3-1600, courante à l'époque. On peut donc s'attendre à une montée en puissance de la DDR5 dans le futur.

Notre carte mère de test, qui existe en version DDR4 et DDR5, comme beaucoup d’autres de cette génération.

Notre plateforme de test.

Il a donc fallu s’équiper pour réaliser nos tests de performances, et obtenir une carte mère en deux exemplaires disposant de connecteurs DIMM différents. Nous avons choisi la ­Gigabyte Z690 UD, un modèle haut de gamme assez complet qui existe dans les deux versions. Pour le reste de la configuration, nous avons opté pour un Core i5 12600K, qui intègre 6 cœurs P (rapides) et 4 cœurs E (basse consommation) pour un total de 16 threads et une fréquence maximale de 4,9 GHz, ainsi qu’une carte graphique GeForce RTX 3080 pour les jeux. Concernant la mémoire, nous avons lancé nos tests en DDR4 avec des barrettes HyperX Fury assez classiques (2 × 8 Go à 3 200 MHz, similaires à ce que nous vous recommandons habituellement), et côté DDR5, nous avons utilisé un kit de 2 × 8 Go à 4 800 MHz de Crucial. Pour des questions de logistique et de place dans ces pages, nous n’avons pas pu tester toutes les combinaisons de mémoire et de fréquence possibles. Mais comme vous allez le voir, la différence est de toute façon assez mesurée dans certains domaines (­notamment les jeux), et se remarque un peu plus dans des applications faisant appel à la bande passante (comme les tâches de compression).

Une paire de barrettes en DDR5 peut facilement coûter autour de 200 €, le double de l’équivalent en DDR4.

Et du côté d’AMD ?

Nous le savons déjà, la génération des Ryzen 6000, sur l’architecture Zen 3+, devrait prendre en charge la DDR5, du moins sur PC portables dans un premier temps. Contrairement à Intel, ces puces abandonneront en revanche la DDR4, ne laissant pas le même choix qu’Intel aux constructeurs et consommateurs. Cette nouvelle génération devrait arriver plus tard dans l’année, AMD n’ayant pas donné de date précise pour le moment. Et en desktop, les Zen 4 y passeront aussi, avec le socket AM5.

Des gains très modestes.

Notre premier test consiste à tout simplement mesurer la bande passante effective de la mémoire vive sur nos deux plateformes avec AIDA64. Forcément, c’est dans ce genre de domaine que la DDR5 montre le mieux le gain apporté par sa meilleure bande passante. Nos barrettes culminent à environ 70 Go/s en lecture et 60 Go/s en écriture, quand la DDR4 affiche des valeurs plus modestes à 46 Go/s en lecture et 44 Go/s en écriture. Cela nous donne une amélioration assez intéressante de 40 à 50 % selon le test, mais les cas pratiques vont nous montrer que les gains ne sont pas toujours aussi impressionnants. Le second test consiste à effectuer une compression en RAR, une opération qui dépend beaucoup de la bande passante de la RAM. Pour cela, nous choisissons un dossier contenant 3 Go de fichiers divers, créons une archive et mesurons le temps pris par le CPU pour terminer cette tâche. Sur de la DDR4, nous constatons que notre Core i5 12600K effectue l’opération en 90 secondes en moyenne. En passant sur de la DDR5, elle ne prend désormais plus que 72 secondes, soit une amélioration d’environ 20 %. Enfin, les tests de jeux sont ceux qui ont montré le moins de disparités entre les deux types de mémoire, comme nous nous y attendions. Nous avons utilisé notre protocole habituel en 1440p et 4K avec détails élevés, et avons constaté des résultats très similaires entre les deux plateformes, avec de rares améliorations ne dépassant pas 1 à 2 %, soit une poignée de fps gagnés au mieux.

La DDR5 n’apporte pas de gains très importants dans les jeux.

Un upgrade intéressant ?

Au final, nous constatons que si le gain théorique de la DDR5 est assez important, il est en réalité bien moindre en pratique. Certaines applications très dépendantes de la bande passante montreront une amélioration notable (vos compilations de kernel Linux en seront ravies), mais si vous jouez principalement sur PC, vous ne constaterez pas de différence à même de justifier le prix de ces barrettes. En effet, un kit de DDR4-3200 se trouve aujourd’hui sous les 100 €, quand une paire de DDR5-4800 frôle les 200 €. À vrai dire, même les autres gains, s’ils sont bien présents, restent assez faibles pour rendre intéressant un investissement de deux fois le prix de la DDR4 pour de nouvelles barrettes. En bref, mieux vaut attendre des baisses de tarif avant de se précipiter.