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Genre : jeu narratif
Développeur  : KO_OP (Canada)
Éditeur : KO_OP
Plateformes : Windows, PS4/5
Date de sortie : 15/06/2023
J’ai toujours un peu de mal aujourd’hui. Car je déteste : tirer sur des ennemis, mourir quinze fois de suite face à un boss, apprendre des combos, passer plus de deux heures de suite devant une console. En revanche, j’adore : résoudre des puzzles, acheter des vêtements et des meubles de pixels, taper sur des touches en rythme, draguer des personnages virtuels, les bonnes histoires dans n’importe quel média. Et c’est pour ça que depuis trois ans, j’attends avec impatience la sortie de Goodbye Volcano High.

Regarde les astéroïdes, mon amour.

Après de nombreux rebondissements, c’est pour bientôt. À partir du 15 juin, nous sommes cordialement invités à revivre nos pires années à retourner au lycée. Nos protagonistes s’appellent Fang, Trish et Reed. Ils sont très occupés par l’organisation de concerts de rock amateur, leurs crushs adolescents, quelques crises existentielles – et, accessoirement, la fin du monde. En effet, l’univers de Goodbye Volcano High est peuplé de dinosaures anthropomorphes. Si vous voulez vous spoiler la fin du jeu, je vous suggère de taper le mot « crétacé » sur Wikipédia.

Goodbye Volcano High a tout de suite attiré mon attention pour pas mal de raisons : ses dessins à la main, sa bande-son soignée, son gameplay entre le visual novel et le jeu musical (on peut composer des chansons puis contrôler les instruments de Fang, Trish et Reed pendant leurs concerts en appuyant sur les touches de sa manette au rythme de la musique), son histoire qui promet d’être torturée à souhait. Quand il ne vous reste plus qu’une année à vivre, doit-on se consacrer à sa famille, ses amis, cette personne qui fait secrètement battre votre cœur ? Ou tout plaquer pour devenir une rockstar ?

J'ai envie de jouer à Goodbye Volcano High pour les mêmes raisons que certains le détestent : il représente une autre vision du monde.

J’ai aussi été intriguée par le développeur de Goodbye Volcano High, le studio montréalais KO_OP, qui fonctionne en coopérative. Chacun de ses employés a le même pouvoir de décision et touche le même salaire. Il y a deux ans, l’entreprise a assumé retarder la sortie de son jeu suite aux difficultés liées à la pandémie de Covid-19 et la réorganisation complète de son équipe en charge de la narration et du scénario : « Nous ne voulons pas faire de crunch, et nous ne voulons pas nous mettre dans des situations encore plus stressantes pour finir le jeu à temps pour 2021 », la date de publication initialement prévue. Dans une industrie où nombre de jeux ont de grandes chances d’avoir été conçus dans la douleur et des conditions de travail effroyables, le discours de KO_OP est une agréable surprise.

Attaques morveuses

Je ne suis pas la seule à avoir remarqué Goodbye Volcano High. Le jeu a fait l’objet de beaucoup d’articles positifs depuis la sortie de son premier trailer en juin 2020, à l’occasion de l’événement Future of Gaming de Sony pour préparer la sortie de la PlayStation 5. Mais il a aussi été repéré par des personnes malintentionnées. Dès l’annonce du projet, ses développeurs et développeuses ont subi de nombreuses attaques en ligne. En cause, les héros queers de Goodbye Volcano High (Fang, son personnage principal, est une personne non binaire) et les valeurs féministes et LGBTQIA+ défendues par le jeu.

Ce harcèlement a culminé en la création d’une version parodique, intitulée Snoot Game. On y retrouve exactement les mêmes personnages que dans Goodbye Volcano High, mais dans une histoire horriblement sexiste, homophobe et transphobe, saupoudrée de mèmes typiques de l’alt-right, le mouvement d’extrême-droite américain qui a mené Donald Trump au pouvoir en 2016. Pour vous donner une petite idée du contenu de Snoot Game : dans l’une des fins possibles du jeu, Fang assassine tous ses camarades dans une tuerie sanglante en plein lycée.

Faites vos jeux.

Les jeux vidéo ne m’aiment pas. C’est ce que je me suis dit quand, étudiante puis jeune journaliste, j’ai commencé à jouer davantage et à me faire des amis joueurs. J’avais 23 ans quand le Gamergate a éclaté. J’ai vu le Web trembler sous mes pieds, mes potes s’engueuler, d’autres détourner les yeux. Comme si ignorer volontairement la violence, c’était rester neutre. J’étais loin de l’œil du cyclone, mais le vent m’a quand même salement fouetté la gueule. « Vos opinions, c’est de la merde. Vos vécus, c’est de la merde. Vos jeux, c’est de la merde. Vous n’avez pas votre place ici. » J'ai été très marquée par ce déferlement de haine.

Quand je vois les difficultés traversées par Goodbye Volcano High, je doute que la tempête soit vraiment passée. Mais maintenant que je suis plus vieille et moins peureuse, j’ai beaucoup de plaisir à rattraper mon retard et explorer la richesse de l’univers vidéoludique. Finalement, j’ai envie de jouer à Goodbye Volcano High pour les mêmes raisons que certains le détestent : il représente une autre vision du monde. Et surtout, parce que j’aime les jeux vidéo.