Pour qui voudrait se lancer, le secret d’une initiation sereine à l’impression 3D n’a en fait rien de très secret : il faut avant toute autre chose choisir la bonne imprimante – c’est-à-dire un modèle non seulement simple d’utilisation, mais aussi adapté aux usages que l’on veut en faire et à son budget. Définir ce dernier est la première nécessité. La fourchette s’étale de 200 € pour une cartésienne correcte à plus de 1 000 € pour une CoreXY haut de gamme. L’important est de trouver le bon équilibre : soyez trop frileux, et un fort goût de « pas assez » risque d’apparaître après quelques semaines d’utilisation ; soyez trop téméraire, et la question qui vous encombrera rapidement le cerveau est de savoir si ça valait vraiment le coup de dépenser un SMIC juste pour pouvoir sortir un Bébé Yoda en polycarbonate renforcé. Ce qui est certain, c’est qu’il faut oublier d’emblée les bidules no-name d’entrée de gamme à 140 balles trouvés sur AliExpress ; à moins que l’objectif soit de consciemment s’auto-dégoûter de l’impression 3D.
Pour aller au plus simple, on peut résumer les critères de choix à deux paramètres (en sus des aspects pécuniaires) : le volume d’impression souhaité et les types de filaments envisagés. Pour le premier point, des dimensions horizontales de 220 mm sont le « standard » que l’on retrouve sur les machines les plus populaires ; à l’usage, c’est bien plus que suffisant, pour la très vaste majorité des pièces que l’on voudra produire. On peut évidemment envisager plus petit, mais attention à ne pas se fourvoyer en partant sur des « mini » imprimantes qui montreront très vite leurs limites. S’agissant des matériaux, malgré la grande quantité de thermoplastiques différents que l’on peut trouver sur le marché, le choix n’est pas si compliqué : les deux filaments les plus employés, le PLA (de très loin le plus consommé) et le PETG, s’adaptent à n’importe quelle machine. C’est lorsque l’on s’attaque à l’ABS/ASA, au polycarbonate et au nylon qu’une enceinte fermée et une mécanique capable d’atteindre de hautes températures deviennent hautement recommandées. Attention aussi aux filaments renforcés aux particules diverses et variées, qui peuvent écourter la durée de vie d’une buse en laiton – dans ce cas, l’acier trempé est plus qu’indiqué.

Les critères de choix concernent le volume d’impression souhaité et les types de filaments envisagés.

Bambu Lab A1 Mini (322 €) : la parfaite machine de néophyte.

Si populaire qu’elle se retrouve régulièrement disponible uniquement en commande différée, la Bambu Lab A1 Mini est la machine parfaite pour débuter. Opérationnelle un quart d’heure après sa sortie du carton, elle guide son utilisateur pas à pas dans ses premières manipulations, et effectue toute seule comme une grande ses routines de calibration (input shaping, nivellement du plateau, calibration de flux, et autres pratiques ésotériques responsables de nombreuses céphalées chez ceux qui doivent se les farcir à la main). L’interface de son petit écran tactile est claire, intuitive et réactive. Conçue pour fonctionner avec une connexion aux services cloud du fabricant, elle peut être liée à ces derniers depuis le slicer Bambu Studio (Windows, Mac et Linux), ou l’application mobile Bambu Handy pour les frimeurs. Que les allergiques au cloud (dont je suis) se rassurent : elle propose aussi un mode LAN avec lequel pas un seul paquet de données ne s’aventure en dehors du réseau local.

La Bambu Lab A1 Mini est parfaite pour débuter.
Pour 322 €, c’est une imprimante rapide, solidement assemblée et relativement silencieuse grâce à son algorithme de réduction de bruit des moteurs. Moyennant une rallonge de 170 €, on peut y adjoindre le système multi-matériaux de Bambu, l’AMS Lite, qui peut embarquer jusqu’à quatre bobines et ouvre la voie à de l’impression multicolore automatique. Son seul véritable point faible est son volume d’impression, de 180 mm sur les trois axes. En contrepartie, la machine est assez peu encombrante. Dernière chose à savoir : son plateau limité à une température de 80 °C et son châssis ouvert n’en font pas la candidate idéale à l’impression d’ABS.

Creality Ender 3 V3 SE (219 €) : la bonne entrée de gamme.

Dernière-née d’une gamme immensément populaire, l’Ender 3 V3 SE de Creality offre un plateau de 220 mm de côté pour un tarif plancher de 219 €. L’énorme communauté de modding qui gravite autour de ce modèle en fait un choix parfait pour qui se sent prêt à mettre un peu plus les mains dans le cambouis. La philosophie en application ici est assez différente de celle de Bambu Lab : Creality propose certes son propre slicer (Creality Print), mais la machine est aussi compatible avec la quasi-totalité des logiciels du marché. Moins chère que sa rivale signée Bambu, elle est aussi logiquement un peu moins sophistiquée et rapide. Cependant, elle permet bien, elle, de s’attaquer à l’ABS (le plateau monte jusqu’à 100 °C).

La Creality Ender 3 V3 SE. (© Creality)
Pour 299 €, on peut aussi opter pour une variante plus véloce de la machine, armée sur un firmware Klipper, un rail linéaire supportant de fortes accélérations et un corps de chauffe emprunté à un modèle plus haut de gamme. Cette déclinaison est intéressante sur le papier, mais positionnée un peu trop proche de l’A1 Mini côté tarif pour qu’on puisse la conseiller les yeux fermés. Toujours est-il que son volume moins restrictif et la possibilité de s’essayer à des filaments nécessitant des hautes températures restent des arguments en sa faveur.

Les machines pour les ambitieux (400 € et plus).

La Bambu Lab A1, grande sœur de la Mini (l’auriez-vous deviné ?), a sévèrement secoué le segment de marché autour des 400 € à sa sortie. Hélas, à l’heure où nous écrivons ces lignes, le fabricant vient de rappeler les exemplaires déjà en circulation pour un problème de conception du câble d’alimentation du plateau chauffant. La version corrigée devrait être disponible au printemps, quelques semaines après la sortie de ce numéro ; et à supposer qu’elle ne souffre pas d’un autre problème du genre, on pourra à nouveau lui adresser les louanges auxquelles elle était destinée. Car c’est une imprimante frôlant la perfection : aux performances et à la simplicité de mise en œuvre de l’A1 Mini, sont ajoutés un généreux volume d’impression de 256 mm par axe, et un plateau pouvant monter à 100 °C.

En attendant, on peut aussi lorgner du côté de la Creality K1, qui affiche un prix indicatif de 850 €, mais est régulièrement trouvable en promo sous la barre des 500 €. La machine est perfectible, mais elle reste l’une des CoreXY les plus rapides et abouties dans ce segment tarifaire. La mise en route est rapide, la configuration initiale entièrement automatique et elle est opérationnelle sous Creality Print ou Orca Slicer en sortie de boîte. Elle se distingue par sa partie logicielle singulièrement musclée : sur son CPU dual-core à 1,2 GHz tourne un système embarqué Linux ouvert et accessible en SSH, avec lequel on peut faire à peu près tout et n’importe quoi.
La Bambu Lab A1, équipée de son module AMS pour l'impression "couleur". (© Bambu Lab)
La K1 est une belle machine, en plus d'être vraiment véloce. Mais elle est aussi très bruyante, ce qui la réserve plutôt à une installation dans un garage. (© Creality)
Encore un peu plus haut en gamme, on peut refaire un tour chez Bambu Lab pour évoquer l’incontournable P1S, mieux finie, plus spacieuse (volume identique à l’A1) et dotée d’un écosystème logiciel certes propriétaire mais ô combien abouti. Côté tarif, ça commence à piquer : elle coûte la bagatelle de 755 €, un peu plus de 1000 € si l’on y ajoute le système AMS. Mais on en a pour son argent : véritable cheval de trait, extrêmement véloce, la machine est particulièrement rare sur le marché de l’occasion, ce qui témoigne du niveau de satisfaction qu’elle offre à ses utilisateurs.
La Bambu Lab P1S. (© Bambu Lab)

Le cas Prusa.

Il nous faut enfin aborder un sujet épineux, celui des machines Prusa. Cette entreprise tchèque montée par un passionné est née presque en même temps que les premiers prototypes open-source, en 2012. Historiquement très appréciées des amateurs, les imprimantes de la marque sont aujourd’hui un peu en décalage avec le reste du marché, et souffrent de tarifs élevés au regard de leurs prestations. Le marketing mise avant tout sur une fabrication européenne rigoureuse, la fiabilité, l’ouverture des firmwares et les possibilités d’upgrade. Des arguments valables, mais qui les réservent plutôt à un public initié, et particulièrement intransigeant avec le contrôle qualité. Pour peu qu’on ne soit pas insensible à ces notions, on peut se diriger vers la Prusa Mini+, une machine très similaire à l’A1 Mini, mais livrée en kit, moins rapide et plus chère (à partir de 459 € sans module Wi-Fi).

Avant que Bambu Lab ne disrupte le marché, la Prusa Mini (ou l'un de ses clones) était souvent recommandée aux débutants. (© Prusa Research)
Concluons avec un dernier mot sur les filaments, les consommables indispensables aux imprimantes 3D. Bambu Lab propose aux plus paresseux un « programme VIP » permettant de se procurer des bobines identifiées par des puces RFID et automatiquement configurées par les machines de la firme. Une solution coûteuse et finalement pas très utile, puisque les paramètres génériques de Bambu Studio sont fonctionnels avec n’importe quel filament de qualité à peu près correcte. Mieux vaut guetter les offres promotionnelles sur les consommables de marques reconnues comme Sunlu, eSUN, Jayo, Eryone, Overture ou encore Creality. Mais on peut aussi envisager d’acheter local, car la France compte un excellent fournisseur de filament à très bons tarifs, Arianeplast, chez qui l’on trouve un peu de tout – du PLA issu d’un circuit de recyclage aux filaments techniques les plus pointus.
Une bobine de filament Eryone. Il y a peu de limites dans le choix des matériaux et des coloris.
Un peu de chauvinisme : les Français d'Arianeplast proposent de beaux filaments à tarifs très compétitifs.
Certains filaments à effets (ici une "imitation marbre") offrent des rendus très intéressants.