Développeur : Freehold Games (États-Unis)
Éditeur : Kitfox Games
Plateformes dispo : Windows, macOS, Linux
Plateforme test : Windows
Téléchargement : 2 Go
Date de sortie : 05/12/2024
Langue : anglais corsé
Prix : 29 €
| Modifié le le 17 décembre 2024
Si certains parviennent à résumer Victor Hugo dans des vidéos TikTok d’une minute, je devrais être capable de vous faire goûter la couleur de Caves of Qud dans ce modeste palimpseste. Même si c’est bien peu pour faire le tour d’une œuvre aussi touffue. Voire étouffante. Étouffute ?
Le moindre humain mutant (irradié ?), ou criblé d’implants cybernétiques (on murmure qu’il s’agit des survivants d’anciens abris), tient le crachoir à l’ours, au babouin, au nénuphar, au champignon. À Qud, si l’on boit de l’eau, on est vivant. Et tant qu’on est vivant, on est conscient. Même la coulemelle. Et moi, je ne comprends rien. Alors je remplis ma gourde d’eau, source de vie et unique monnaie de commerce, et je m’adresse au paysan nommé Mehmet.
Gauche-droite-coup de Qud
Caves of Qud est un open-world science-fantasy role-playing roguelike. Science fantasy, ça signifie que la grammaire peu commune, les animaux anthropomorphes et les odeurs de fleurs priment sur l’anticipation scientifique réaliste. Role-playing, car vous pouvez passer deux heures à créer votre personnage, issu d’une des 24 castes aux attributs de départ différents.En plus des points à répartir entre six jauges classiques (force, agilité, intelligence, etc.), c’est plus de 80 mutations de départ (ailes, vision nocturne, manipulation du temps, des esprits, téléportation, pyromancie…) ou une quinzaine d'implants cybernétiques qui vous attendent au vestiaire. Les rôlistes frémissent de plaisir. Et bientôt de douleur, car la mort les attend derrière chaque buisson, quand elle n’est pas directement causée par ce dernier. Un miséricordieux mode exploration permet heureusement d’aborder le monde avec des créatures neutres, et d'espérer ainsi survivre plus de dix minutes.
Agressé par du lichen, je fais des plantes mes ennemies.
Mythologie procédurale
Caves of Qud compte 75 000 mots écrits à la main. C’est dans ce réservoir grand comme un roman moyen que pioche un système de génération procédurale. Pour la grande toile de fond historique, par exemple, chaque nouvelle partie génère cinq périodes historiques, chacune dominée par un Sultan. Les événements importants de ces ères sont découpés en courts textes, éparpillés aux quatre vents (sur des reliques, des fresques, etc.) et consignés par le joueur dans un journal, où les extraits mis bout à bout finissent par former une histoire cohérente.
Chaque lieu ou objet décrit dans ces chroniques est modélisé en jeu : si vous entendez parler d’une arme légendaire, vous pouvez vous lancer à sa recherche. Le même système régit les interactions sociales. Chaque créature notable possède son histoire, et surtout ses relations avec certaines factions (il y en a soixante en tout). La manière dont vous traitez avec elle aura donc une influence sur votre propre réputation.
Alors j’accepte de ne pas tout comprendre. Je me fais mes propres histoires. Agressé par du lichen, je fais des plantes mes ennemies jurées. La diplomatie me fatigue, alors je vide patiemment mille cartouches sur ce boss censément « imbattable ». J’adopte un chien, le coiffe d’une lampe frontale. Le lendemain, la pauvre bête meurt immolée par mon propre feu de camp. Alors que je tutoie la fin de la quête principale, une tortue interdimensionnelle me téléporte VINGT-QUATRE strates sous terre. Après deux heures de recherche de ces scrogneugneux d’escaliers, un éboulement scelle mon destin. Je tente de creuser avec mon épée. Clic-droit > attaquer. Quinze coups pour un pan de mur. Des milliers de clics en perspective. Je découvre le game-over par burn-out.
Six pieds et sous terre
Si vous savez vous délecter de quelques lignes écrites sur un bas-relief ou une babiole (« Ce guéridon fut poncé par Rathamatep III, tué par ses disciples pour avoir goûté la lumière coulante. Il avait 14 ans » *Emplacement de ruines anciennes ajouté à la carte !*), alors vous goûterez l’extase. Caves of Qud est le jeu de l'expérimentateur frénétique qui mourra mille fois en se gaussant. Il est aussi celui du rôliste patient qui vivra les épopées de sa vie. Tous ouvriront leur âme à l’errance erratique, véritable trésor du jeu.Car l’important, ce n’est pas la destination. C’est perdre une jambe dans un marécage. Se faire one-shot par un TOURNESOL. Récolter des fluides et les mélanger « juste pour voir », équiper ou voir muter les dix emplacements sur notre corps (nombre non définitif). Creuser le plus profond possible. Choper une vilaine infection à la langue, perdre l’usage de la parole, devenir incapable de déclencher des quêtes, et goûter au game-over par mutisme.