Face à un cataclysme imminent, le déni est un mécanisme de défense tristement humain, une manière de se prémunir d'une angoisse existentielle qui nous serait autrement insupportable. Est-ce donc d'humanité qu'ont fait montre les grandes marques de l'informatique en répondant présent au Consumer Electronics Show à Las Vegas début janvier ? On n'ira peut-être pas jusque-là. Mais de leurs diverses prises de parole, puisqu'on n'a évidemment pas pu tirer des infos sur quelque nouvel appareil ou composant qu'on espérerait sincèrement pouvoir acquérir à prix raisonnable dans les mois à venir, on retient au moins un cas d'étude psychologique fascinant, une illustration limpide des deux différentes formes que peut prendre le déni. D'un côté, il y a ceux qui ferment les yeux, comme s'il suffisait de ne jamais penser à la catastrophe en cours, de ne jamais dire son nom, pour qu'elle disparaisse. De l'autre, il y a ceux qui gardent les yeux ouverts, mais choisissent de ne pas croire ce qu'ils voient, ou de faire comme s'ils ne voyaient rien.
Côté vert, on n'a évidemment pas vu la moindre trace d'un nouveau GPU, mais on a pu avaler en guise de miettes quelques annonces software, avec notamment l'évolution du DLSS en version 4.5. Un nouveau numéro pour deux nouveautés : d'une part, de nouveaux modèles transformeurs pour la mise à l'échelle spatiale, qui cherchent à produire une image plus nette et détaillée en exploitant des calculs plus complexes ; de l'autre, une amélioration de la fonction de génération de trames multiples (MFG), qui peut désormais produire jusqu'à cinq images interpolées entre deux images natives (contre trois précédemment), et faire varier le taux d'images interpolées de façon dynamique en fonction d'une cible de frame rate donnée. C'est compliqué, ce n'est pas inintéressant, mais ça n'a de quoi passionner que ceux qui disposent déjà d'une carte graphique dont ils sont satisfaits – de préférence une RTX 50, toujours la seule famille à prendre en charge la MFG. Les autres se consoleront peut-être en apprenant que GeForce Now, le service de cloud gaming sur abonnement de Nvidia, aura bientôt droit à un client Linux natif. À défaut de pouvoir acheter, soyez heureux de pouvoir louer !
Chez AMD, au moins on a consenti à sortir du placard une nouveauté hardware... si tant est que l'on considère le Ryzen 7 9850X3D comme méritant l'appellation « nouveauté ». Il est en effet matériellement identique au 9800X3D lancé il y a un an et demi (huit cœurs Zen 5 agrémentés de 104 Mo de cache vertical), et ne s'en différencie que par des fréquences d'horloge revues très légèrement à la hausse. Résultat : celui qui était déjà le processeur le plus rapide pour les joueurs gagne encore quelques maigres pourcents de performances supplémentaires. La belle affaire.
Les benchmarks préliminaires sont prometteurs, tant s'agissant des performances brutes que de l'efficacité énergétique. Mieux encore, on croit apercevoir de belles promesses aussi du côté des cœurs graphiques intégrés à ces puces, sur architecture Xe3, qui pourraient s'avérer tout à fait adéquates pour des machines de jeu – pas seulement au format ordinateur portable, mais aussi pour les nouvelles consoles-PC portables qui oseront se lancer à la poursuite de l'immuable Steam Deck. Cela opposera une concurrence bienvenue à AMD sur ces marchés... à condition que les produits équipés puissent être vendus en bonne quantité à des prix acceptables. Intel se veut rassurant, affirmant qu'il a emmagasiné assez de modules mémoire pour couvrir sa production de puces Panther Lake (qui incluent la RAM directement dans le package) pour les 9 à 12 prochains mois. Y croit-il vraiment ? On vous renvoie à ce qu'on disait précédemment sur les différentes formes de déni.