En 1980, IBM est mal en point. Si la société américaine s'arrogeait de très larges parts de marché entre 1950 et 1970, elle n'a cessé de décliner par la suite. En cause : son dédain face aux "mini" puis aux "micro" ordinateurs, dont l'essor fut pourtant exponentiel grâce aux progrès effectués en matière de miniaturisation. Pour IBM, l'informatique ne se concevait alors qu'à un usage professionnel, avec des machines dont le poids ne pouvait décemment passer sous les 100 Kg. Lassé de voir de petites start-ups comme Apple ou Commodore lui tailler des croupières, le mastodonte prit la décision de commercialiser son propre "ordinateur personnel", sans trop y croire. Il fut toutefois rapidement admis que la lourdeur des procédures internes ne permettrait pas de développer un tel produit rapidement. IBM chercha d'abord à sous-traiter ce concept, en particulier auprès d'Atari qui réalisa un premier prototype basé sur l'Atari 800. Le chef de projet de l'époque, William Lowe, jugea toutefois le résultat peu concluant et tenta un coup de poker pour se sortir de l'impasse. Il parvint à convaincre les hautes sphères de lui laisser un mois et une poignée d'ingénieurs motivés pour tenter de faire mieux. Seule exigence : qu'il puisse s'affranchir complétement de la bureaucratie sclérosée d'IBM et de sa pesante hiérarchie.

Coup de génie.

Lowe proposa une véritable révolution pour son business mode : n'utiliser que des composants standards déjà existants afin de limiter les coûts et le R&D, se baser sur une architecture (matérielle et logicielle) ouverte pour inciter les développeurs à s'approprier sa machine, exploiter un réseau de revendeurs tiers et enfin, externaliser le SAV. Tout le contraire des pratiques habituelles d'IBM ! Séduit par l'idée, le CEO John Opel donna malgré tout son feu vert et Lowe se mit au travail. Un mois plus tard, en août 1980, le prototype du PC fonctionnait tant bien que mal ; des ressources considérables furent mise dans le projet afin d'assurer une sortie commerciale dans un délai maximal d'un an. Côté hardware, IBM utilisa le récent 8088 d'Intel, en exigeant qu'une seconde source d'approvisionnement soit disponible. Pour remporter ce juteux marché, Intel dut signer un accord avec AMD afin qu'il puisse produire le processeur. Le lancement du PC eut lieu en août 1981, en respectant le planning initialement fixé. IBM proposa immédiatement un Technical Reference Manual qui comprenait le schéma électrique complet ainsi que le code source du BIOS et tous les éléments techniques nécessaires pour concevoir des cartes d'extension ou des logiciels.

William Lowe, l'inventeur de l'IBM PC.
Cette politique ouverte révolutionnaire fit immédiatement le succès du PC, malgré son hardware loin d'être impressionnant pour l'époque, son prix élevé et le peu de logiciels disponibles au départ. De nombreux clones – en particulier une version portable inventée par Compaq – arrivèrent rapidement sur le marché, ce qui amplifia encore la vague. En l'espace de trois ans, IBM parvint à reléguer la plupart de ses concurrents aux oubliettes, et même à surpasser très largement Apple. Le nombre de logiciels disponibles pour le PC s'accrut exponentiellement, lui conférant un très net avantage lors de la sortie du Macintosh. L'IBM PC instaura également de nombreux standards de facto de l'informatique, comme le bus ISA, le port parallèle ou encore l'architecture x86 des microprocesseurs (toujours en vigueur aujourd'hui). Les déclinaisons suivantes (PC XT, PC AT, etc.) ont globalement conforté l'hégémonie du PC. En 1987, IBM choisit toutefois de revenir à ses vieilles pratiques avec son successeur (le PS/2), ce qui l'entraîna rapidement dans une nouvelle phase de déclin…
Le Compaq Portable
Le PC AT, un des successeurs du premier PC