Un PC-9801UV (1986), une des rares machines à être équipées du CPU NEC V30, compatible avec l’Intel 8086. (Crédit : CC BY-SA 4.0 - Miyuki Meinaka)
Les années 1980 sont une période charnière pour l’informatique telle que nous la connaissons aujourd’hui, puisqu’elle marque l’ascension d’une machine qui fera date dans l’histoire, l’IBM-PC. Depuis sa sortie en 1981, elle n’a cessé de gagner en popularité auprès du public et de ringardiser un à un ses concurrents chez Atari, Commodore ou Amstrad. Mais son vrai succès vient de son architecture ouverte : IBM utilisait des composants standard pour sa machine, permettant à n’importe quel concurrent de créer des clones compatibles. Cette stratégie faisait très bien les affaires d’Intel, qui pouvait désormais vendre ses processeurs x86 à toute une liste de nouveaux clients, mais aussi des développeurs de logiciels, à commencer par Microsoft. L’éditeur avait en effet équipé le premier PC de sa propre version de BASIC, et sortira plus tard MS-DOS, un système d’exploitation compatible avec tous les PC du monde. Enfin, presque. Puisque si les Japonais veulent eux aussi se mettre au PC, ils se heurtent à un problème de taille : MS-DOS ne gère pas les caractères japonais. En 1982, voyant l’opportunité se présenter, le constructeur japonais NEC décide de créer son propre clone de l’IBM PC. C’est que le fabricant n’est pas totalement étranger du monde de l’informatique, puisqu’il fabrique déjà depuis 1981 le PC-88, un ordinateur tournant sur un CPU 8 bits maison et compatible avec le Z80, concurrent du PC sans être une machine compatible. Sauf que pour faire tourner MS-DOS, il faut obligatoirement un processeur x86, et surtout, Microsoft vient de refuser la demande de NEC de leur coder une version du BASIC spécialement pour eux. NEC contacte donc Intel et lui achète toute une fournée de 8086 qu’il va installer dans sa nouvelle machine, le PC-9801. L’idée derrière ce projet est simple : créer un clone de l’IBM-PC qui prenne en charge la langue japonaise, et qui soit également compatible avec le PC-88, tant qu’à faire. Le CPU, cadencé à 5 MHz, était donc un peu plus puissant que le 8088 (à 4,5 MHz) d’IBM, et fonctionnait entièrement sur 16 bits, quand le 8088 traitait les données sur 16 bits, mais sur un bus 8 bits. Du côté de la mémoire vive, la machine est livrée avec 128 ko, extensibles jusqu’à 640 ko. Enfin, l’appareil pouvait fournir un affichage en 640 × 400 incluant 8 couleurs, et était capable de gérer deux lecteurs de disquettes 8 pouces (en option). Si l’architecture du PC-98 est très proche des machines occidentales, il ne s’agit pourtant pas exactement d’un « compatible IBM-PC » au sens propre du terme. D’abord à cause de ces fameux caractères japonais, qui rendent les programmes développés sur ce marché inutilisables sur un PC américain. Mais aussi dans le matériel : NEC développe par exemple son propre bus 16 bits, baptisé C-bus, qui remplace l’ISA présent dans les IBM-PC. Ainsi, les cartes d’extension créées pour le PC-98 sont de fait incompatibles avec les PC occidentaux et inversement.
Le C-Bus pouvait accueillir tout type de cartes, y compris des extensions de mémoire. (CC BY-SA 4.0 - Darklanlan)
La sortie de MS-DOS en version japonaise a porté un nouveau coup à IBM. (CC BY-SA 4.0 - Darklanlan)

Le PC qui résiste à IBM.

Le succès est immédiat au Japon, à tel point que le PC-98 devient un standard dans l’archipel, au même titre que l’IBM-PC peut l’être aux États-Unis. En 1983, IBM tente pourtant une contre-attaque pour conquérir ce marché ignoré jusque-là, en lançant l’IBM 5500, un PC enfin capable d’afficher correctement les caractères japonais sur un écran de 1 024 × 768 pixels et livré avec une version japonaise de MS-DOS, mais toujours incompatible avec le PC-98. IBM avait d’ailleurs fait le choix de conserver le moins puissant Intel 8088 dans cette machine, tandis que NEC sortait la même année le PC-9801E, amélioration de sa machine embarquant un 8086 capable de monter jusqu’à 8 MHz. Le public japonais va donc bouder le PC d’IBM pour rester chez NEC, d’autant que la machine étant une plateforme x86, elle est désormais parfaitement capable de faire tourner le DOS japonais de Microsoft. L’ironie du sort voudra cependant que face au succès du PC-98, les constructeurs japonais reprennent la mode américaine en créant à leur tour des clones de la machine. Ainsi, Epson sortira un premier clone dès 1985, suivi par Toshiba en 1986. Le marché japonais s’éloigne peu à peu des compatibles IBM-PC, et il faut alors parler de compatibles PC-98. Si ces machines n’ébranleront jamais la mainmise de NEC sur le marché japonais, elles contribuent encore à segmenter le marché entre les PC japonais et américains. Il faudra attendre 1990 et la sortie de DOS/V pour enfin commencer à briser ce mur. Ce système, développé par IBM et Microsoft, est capable de prendre en charge les caractères japonais de manière logicielle, permettant à n’importe quelle machine l’utilisant de gérer à la fois des programmes écrits en alphabet romain et en kanji du moment qu’il dispose d’une carte VGA. IBM et ses clones peuvent enfin prendre d’assaut le marché japonais en proposant une solution logicielle plus complète que celle de NEC, et c’est à partir de cette période que les compatibles IBM-PC vont peu à peu remplacer les compatibles PC-98 au Japon, alors qu’une guerre des prix s’engage entre les deux plateformes. Toutefois, à partir de 1993, le PC-98 connaîtra une évolution majeure avec la série des PC-9821, qui adopteront progressivement tous les standards proposés par IBM et ses clones dans leurs machines, principalement dans une logique de réduction des coûts. En 1995, les PC-9821 sont essentiellement des ordinateurs compatibles IBM-PC : ils sont livrés avec Windows 95, proposent un lecteur de disquettes 3,5 pouces, des slots SIMM 72 broches pour la RAM, des connecteurs IDE pour les disques durs et le CD-ROM ainsi que des ports PCI, abandonnant du même coup le C-Bus devenu obsolète. En 2003, NEC annonce la fin de sa lignée de PC-98, après avoir sorti près de 34 machines de bureau, plusieurs ordinateurs portables et avoir connu des centaines de clones.

Le PC-9821 Cx3 (1995) se rapproche de plus en plus du standard d’IBM, il est même livré avec Windows 95.

Le vous savez qui ?

1982 : Au moment où NEC décide de cloner l’IBM PC, La Poste les PTT lancent le Minitel. Son hégémonie sur les conversations en ligne, la recherche de petites annonces et ses sites roses affichés en caractères Vidéotex qui vaudront le multimillionnairage de "vous savez qui", vaudront aussi au prénom Ulla de ne plus jamais être donné aux enfants nés entre 1987 et 2012, année de disparition de la petite boîte des PTT de la Poste.

Le saviez-tu ?

1983 : Au moment où l’empire IBM contre-attaque, le Français Jean-Michel Jarre, qui a ses adeptes comme ses détracteurs de mauvaise foi (eh oh, ça va hein), sort un album intitulé... "Musique pour supermarché / Music for Supermarkets". Cet album sera tiré à... attendez. Non c’est bien ça : à un seul exemplaire. La matrice de pressage, elle, a ensuite été détruite devant huissier. Ah ben, ça c’est une bonne nouvelle !

Les auriez-vous oubliées ?

1985 : Au moment où Epson commence la "guerre des clones", la bande magnétique vit son âge d’or, ce support dont les données sont estimées à plusieurs dizaines d’années de survie. Aujourd’hui, seule la cassette audio revient sur le devant de la scène, suivant les sillons du disque vinyle dans le cœur de ceux qui regardent dans le rétro. Un peu de patience et la disquette 3,5” devrait resservir, à lire avec une bonne GeForce 3090. Au minimum.

L'auriez-vous retrouvée

1993 : Au moment où sort la série des PC-9821, le jeu-livre Sur la trace de la chouette d’or est lancé et à ce jour, personne n’a pu déterrer la relique sacrée, même en ayant résolu ses 11 énigmes. Des centaines de considérations ont plané dessus depuis, de "jeu donnant une raison de vivre" pour certains à "arnaq-la-poste" pour d'autres, mais il aura occupé et passionné, avant d'être pris dans un imbroglio stratégico-judiciaire avec des "énigmes" autrement difficiles que celles du livre...

L'avez-vous senti venir ?

1996 : Au moment où le PC-98 suit son rythme de croisière, le spationaute Jean-Jacques Favier emmène plusieurs picodons – un fromage de chèvre merveilleux (double pléonasme) – à bord de la navette Columbia et fait plusieurs fois le tour de la Terre avec. J’ai un collègue tyrophobe qui aurait tué ses cospationautes à coups de tournevis s’il avait trouvé ça dans le frigo de l’ISS...

Tu scis ?

Nec plus ultra, locution latine, veut dire "Il n’est rien de mieux". Donc quand quelqu'un vous dit "c'est le Nec plus ultra", ça signifie "c'est le il n’est rien de mieux". Je vous invite au minimum à vous méfier... Et si c'est un publicitaire : fuyez ! Même s'il dit une autre formule. Latin ou pas. Et puis bon, Nec Corporation n'a rien à voir avec tout ça car ils existaient déjà quand le latin a été inventé. Hmm, attendez...