| Modifié le le 5 mai 2021
Prenez n’importe quel jeu avec une thématique spatiale. Cela fonctionne aussi avec les jeux vidéo, si vous voulez. Son auteur peut y mettre tout son amour, toute son expérience, articuler des mécanismes géniaux autour, bref : faire le meilleur boulot du monde, il y aura un palier ultime qu’il n’atteindra dans le cœur des joueurs qu’à une seule condition : bénéficier de la licence Star Wars.
Les jeux de plateau Star Wars ont traditionnellement été, et resteront, particulièrement chers.
C’est pas le TIE qui compte.
Une telle capacité n’a pas échappé aux propriétaires de la licence, vous pensez bien. Ni aux anciens, ni au nouveau, la Disney Company, pas réputé pour sa philanthropie financière. Ce qui explique pourquoi les jeux de plateau Star Wars ont traditionnellement été, et resteront, particulièrement chers. C’est qu’en plus du matériel et de la rémunération des auteurs, illustrateurs, etc., il faut intégrer la licence dans les coûts de fabrication. Dans ces conditions, le risque était grand de voir débarquer des tonnes d’adaptations moisies et fainéantes. Oh, certes, entre les chaussettes Yoda qui grattent et les bonbons Boba-Fett chimiques goût pneu, on trouve des jeux qu’on préfère passer sous silence dans ce magazine, comme ces énièmes Monopoly ou Risk labellisés ou ce Timeline Star Wars pas franchement folichon. Néanmoins, du côté du jeu de plateau « hardcore », il faut reconnaître que le pragmatisme ne l’a pas (encore ?) emporté sur les scrupules et que le bilan est plutôt bon. À condition, vous l’avez compris, d’avoir un budget pas trop serré à consacrer à cette saine activité.
Mise à jour des pilotes.
Vous êtes toujours là ? Bien, alors maintenant comptez-vous. Vous êtes deux, pas un de plus ? Pas de problème : on a tout ce qu’il faut pour vous. Outre l’excellent et récent Rébellion – sur lequel on se penche plus en détail dans la suite – Star Wars compte deux jeux de duels notables, très bien pensés, plein de très jolies figurines. Le premier, et le plus ancien, est X-Wing (FFG, 40 €). Inspiré (et le mot est faible) par le vénérable Wings of War, il propose aux deux joueurs de s’affronter lors d’escarmouches spatiales. Le principe est tout bête : des figurines de vaisseaux sur socle et des gabarits en carton pour matérialiser les manœuvres (gros tout droit moteurs à fond, virage serré à 90°, tonneaux, boucles…) et les portées de tir du X-Wing et des deux TIE-Fighter fournis dans la boîte de base. Misez sur un peu de stratégie et pas mal de bluff pour effectuer les déplacements (déterminés en secret et résolus simultanément), et sur une grosse dose de chance sur les tirs qui recourent à des jets de dés… J’ai sciemment utilisé le terme « escarmouche » pour parler de X-Wing. C’est pour ne pas galvauder le terme « bataille spatiale » qui sied tellement mieux à Armada (FFG aussi, 95 €). Dans le même genre, lui oppose plutôt Star Destroyers et frégates, corvettes rebelles. Matériel tout aussi joli, mais avec d’autres préoccupations : gestion des boucliers, optimisation des portées de tir, orientation des armes de bord… La chance n’y est pas moins absente que dans X-Wing, mais il se révèle plus subtil, plus tactique et requiert davantage de planification – notamment côté Empire, c’est que ça souffre d’inertie, les commandes d’un Star Destroyer – que son grand frère. L’un comme l’autre, toutefois, ne proposent que le strict minimum dans leur boîte de base. Aussi, en plus d’une grande table (90 x 180 cm pour de « vraies grosses » parties), il faudra prévoir un budget pour ajouter de nouveaux vaisseaux, livrés avec leurs règles spéciales. Douloureux pour le porte-monnaie si l'on veut s’investir à fond mais, notez, toujours moins que de se constituer une armée digne de ce nom dans Warhammer 40.000.
Sois rebelle et tais-toi.
Après vous être comptés, vous êtes plus que deux ? Genre de trois à cinq ? Parfait. Prenez le plus antipathique du lot (votez si nécessaire) et désignez-le volontaire pour jouer le mastermind dans Assaut sur l’Empire (FFG toujours, 100 €). Rassurez-le tout de suite : il a beau être antipathique, on ne le condamne pas pour autant à s’emmerder. Contrairement à un Descent, dont il s’inspire clairement, son objectif ne sera pas simplement d’animer la session de jeu en dirigeant les forces de l’Empire comme un maître de jeu le ferait dans un jeu de rôles. À l’instar des autres joueurs, qui incarnent chacun un soldat d’élite de l’Alliance, il va tenter de gagner, acquérir de l’expérience et du matériel en prévision des scénarios qui vont suivre lors de campagnes dynamiques. Aussi ne risque-t-il pas, à force d’appeler des renforts ennemis et de sortir de son chapeau des unités spéciales (« Oh, tiens, là, regardez qui arrive, c’est Dark Vador, allez, on l’applaudit bien fort ! »), de se rendre plus antipathique qu’il ne l’est déjà. Les règles sont simples, mais les combats dynamiques. Les scénarios, eux, sont captivants et s’enchaînent de façon différente en fonction du camp qui a emporté la partie précédente. Hum, après avoir rédigé le premier paragraphe, je m’étais juré de ne pas employer le terme « incontournable » et je suis bien embêté, maintenant.Fichtre, il y a même un Carcassonne Star Wars
De deux choses, l'une : soit vous ne connaissez pas Carcassonne (quuuuuuoooi ? Allez nous combler cette lacune en vous rendant à l’article approprié), soit vous levez un sourcil en vous demandant comment ils ont pu oser transposer ce classique dans l'univers de George Lucas. Ah, il y a une autre alternative : vous levez les yeux au ciel en soupirant : « Pfff, je le savais déjà ! » et dans ce cas, merci de faire preuve d'un peu d'humilité, enfin. On aurait été en droit de craindre une opération commerciale fainéante et opportuniste (coucou, Risk et Monopoly !) mais force est d'admettre que quelques efforts ont été consentis. Certes, ce Carcassonne spatial, légèrement allégé, ne sera jamais le jeu du siècle, ni de la décennie ou de l'année, d'ailleurs, et rien ne justifierait son achat auprès des possesseurs de l'original. Mais pour les autres, et notamment ceux qui voudraient par exemple augmenter les chances d'initier leurs enfants – ou leurs potes geeks bourrés de préjugés – aux jeux de plateau, il constitue une alternative acceptable.