| Modifié le le 22 octobre 2025
Avec le nombre de sorties allant crescendo chaque année, il est parfois difficile de trier le bon grain de l’ivraie. Il y a encore 10 ans, on pouvait raisonnablement se demander quel titre sortait du lot, et se distinguait de tous les autres. Aujourd’hui, c’est devenu mission impossible. On en est arrivé au point où l’on se demande « parmi tous les excellents jeux qui sont sortis, pour lequel vais-je craquer ? ». Pour autant, cette course à l’échalote à la recherche de la dernière nouveauté en exclusivité avant tout le monde a-t-elle encore un sens ? Et si on se penchait sur les valeurs sûres, celles qui ont été récompensées par le passé ? Sont-elles encore pertinentes ?
Si l’on observe la liste, il y a une première différence qui saute aux yeux quand on remonte un peu le temps : entre 1988 et 2003, là où nombre de primés du Spiel sont devenus des classiques, ceux du Super As d’Or sont pour beaucoup des inconnus. Outre-Rhin, on retrouve le Perudo (1993), Les Colons de Catane (1995), El Grande (1996), Elfenland (1998) ou encore Carcassonne (2001). Côté français, on trouve certes Magic : L’Assemblée (1996), Gang of Four (1997) ou encore Blokus (2001), mais aussi nombre d’autres noms nettement plus obscurs hormis pour les spécialistes des temps jadis. À partir de 2003, les choses s’harmonisent nettement plus. Il faut dire qu’en France, la date marque un changement de politique dans le choix des candidats, qui s’ouvre à l’ensemble des nouveautés éditées en français, et plus seulement à ceux présentés dans le cadre du Festival international des jeux. Dites bonjour à Time’s Up (2006), à Marrakech (2008) ou encore à Skull & Roses (2010) côté As d’Or, mais aussi aux Aventuriers du Rail (2004), à Dominion (2009) ou encore à Dixit (2010) pour le Spiel. Sans vouloir faire un inventaire à la Prévert, il y a de très fortes chances pour que plusieurs de ces noms vous parlent encore aujourd’hui. Si le nombre de jeux édités a proprement explosé – on estime à entre 3 500 et 5 000 le nombre de nouveautés chaque année –, certaines de ces anciennes gloires ont encore largement leur place aujourd’hui, indépendamment de leurs qualités ludiques intrinsèques, connues et reconnues.
Meeples de Proust
J’y vois deux raisons principales. La première est purement marketing. À l’image des gloires poussiéreuses du passé qui continuent à se vendre par palettes entières – je vous vois, Cluedo, Monopoly et La Bonne Paye –, quand un jeu se vend, on continue à le produire. Les Aventuriers du Rail s’est écoulé à entre 15 et 18 millions d’exemplaires dans 33 langues, Carcassonne à plus de 12 millions et Les Colons de Catane à plus de 40 millions, excusez du peu. Ces noms sont devenus des classiques connus aujourd’hui autant par les parents que les enfants.Depuis leur sortie, le monde ludique a évolué, tant sur le public cible que sur les mécaniques et leur exploitation.