Créateurs : Johannes Goupy, Yoann Levet
Illustrateur : Arthus Pilorget
Éditeur : Space Cowboys
Nombre de joueurs : 2 à 4
Nombre de joueurs idéal : 3 ou 4
Complexité : accessible
Surface de jeu recommandée : table de salon
Prix : 35 €
Dewan provoque chez moi quelque chose qui ne m’était pas arrivé depuis longtemps : je l’aime un peu plus après chaque partie, au lieu de m’en lasser. À dire vrai, la première fois que j’ai posé mes mains grasses sur lui, et vu la manière dont les gens d’Asmodee me l’avaient vendu en mode « C’est la 7e merveille du monde », j’étais presque déçu. Je ne leur en veux pas, c’est leur métier, mais ce n’est pas à un vieux singe aigri qu’on apprend à faire une grimace blasée.
Qui a eu cette idée cool, un jour d’inventer l’old school ?
Dewan, c’est un euro poids léger/moyen comme on n’en fait plus beaucoup : simple, tendu, efficace. On pioche deux cartes adjacentes dans la rivière, ou on pose une hutte en bois venue de son plateau perso, en payant les couleurs des terrains traversés. Voilà. Pas de moteur de ressources, pas de combos à rallonge, pas de piste de score qui serpente comme un intestin. Juste un système limpide, poli comme un galet, qui tourne à une vitesse réjouissante. On joue, on rejoue, on peste, on recommence. Et on se dit : « Ah oui, c’est pour ça que j’aime les jeux de société au départ. »Au bout de quelques parties, le jeu commence avant le jeu, dès la mise en place des tuiles et des objectifs.
Narra’tif 2000
Pourtant, Dewan commence par un mensonge : son incroyable couverture. L’œuvre, signée Arthus Pilorget, un nouveau venu dans l’illustration de jeux à qui je prédis un très grand avenir dans le milieu, promet un thème et une immersion qui n’existent pas dans la boîte. Soyons honnêtes : le thème est aussi épais qu’une feuille de cigarette. On pose des huttes, on récolte des fruits, on traverse des zones colorées.
Ma terre dolorosa
Le jeu tourne même à deux, mais il perd un peu de sa saveur. Le plateau réduit fait le job, mais l’interaction se raréfie, les chemins se croisent moins, et l’ensemble devient un duel d’efficacité plus qu’un jeu de positionnement. Pas désagréable, loin de là, mais Dewan respire bien mieux à trois ou quatre, quand les objectifs disparaissent sous votre nez et que vous devez payer une carte à un adversaire juste parce qu’il squatte le mauvais hexagone. Ces petits moments de mesquinerie douce font partie du plaisir (voir encadré « Modern Family »).Modern Family
Au bout d’un moment, on comprend que Dewan est un jeu méchant, dans lequel on peut vraiment pourrir un adversaire avec une pose de blocage sournoise. Dommage pour un jeu familial ? Je ne suis pas d’accord. Il est temps d’en finir avec cette idée que les familles veulent jouer pour s’envoyer des brouettes d’amour en permanence. Non, dans la vraie vie, les parents divorcent, les frères et sœurs se tapent, le chien bouffe les chaussures et le tonton préféré (ça, c’est moi) pose un meeple pour empêcher le petit de 8 ans de faire son objectif parce que « Oui, mais c’est de la pédagogie à balle réelle, pour qu’il apprenne ». Les familles veulent s’amuser, se faire vacheries et coups bas et, à la fin, s’aimer quand même.