image
image
image
Genre : placement de tuiles, coopération
Créateurs : Lucas Zach, Michael Palm
Illustrateur : Paul Riebe
Éditeur : Gigamic
Nombre de joueurs : 1 à 6
Nombre de joueurs optimal : jusqu'à 4
Durée : 45-60 min
Complexité : très accessible
Surface recommandée : grande table
Prix : 40 €
Tout le monde aime poser des tuiles. Il y a sans doute des gens qui aiment ça plus que les autres, comme les couvreurs-zingueurs et les joueurs de mah-jong, mais c’est en soi une activité formidable, capable de générer une quantité folle de dopamine. Ça, le jeu vidéo Dorfromantik l’avait bien compris. Avec ses petits trains mignons et sa bande-son toute douce, il s’était fait une place de choix parmi ces jeux qu’on lance en fin de soirée, une tisane à la main. Et qu’on quitte trois heures plus tard avec des petits yeux parce qu’on s’est encore fait avoir, à vouloir poser « juste une dernière tuile avant de dormir » cinquante fois d’affilée.

Rivière à détente.

Dans le jeu de plateau, c’est le même principe : tous les joueurs se collent autour d’une table et y posent un gros tas de tuiles. Des tuiles hexagonales qui représentent des forêts, des maisons ou des champs, et qu’il va falloir poser les unes à côté des autres chacun son tour pour former un village qui grandit progressivement. On ne peut coller une tuile qu’à côté d’une autre tuile, bien souvent en réfléchissant à la façon dont elle va se connecter pour former de vastes forêts ou une rivière qui court au milieu du terrain. Un tour de jeu ne va donc consister qu’à piocher et poser une tuile mais en quelques minutes, on comprend que Dorfromantik est un redoutable jeu d’optimisation où les plus beaux hameaux ne tiennent qu’à de bonnes décisions. Et qu’il n’a pas besoin de beaucoup de mécaniques pour tordre notre cerveau comme un gant de toilette.

Il n’y a d’ailleurs pas de confrontation, ni même d’interaction mécanique entre les joueurs. En bons urbanistes, les participants doivent discuter et collaborer avec les autres pour poser la tuile au meilleur endroit possible. On va donc passer beaucoup de temps à pointer des trucs du doigt comme des malpropres, pour créer les combinaisons de cases les plus efficaces qui feront décoller le score de l’équipe. Oui, parce qu’il n’y a pas vraiment de défaite non plus. La partie s’arrête quand le paquet de tuiles est épuisé, signe qu’il faut compter les points et voir où tout cela nous mène sur la fiche de campagne. C’est une idée simple qui évite la frustration d’une partie qui s’arrête brutalement, et récompense toujours les joueurs en les faisant avancer même un tout petit peu vers le prochain élément à débloquer.

La version plateau de Dorfromantik fait tout aussi bien que sur un écran, les animations mignonnes en moins.

Ce soir on se bourg la gueule.

L’idée d’une campagne à embranchements pour l’adaptation physique est toute simple, mais amène un sentiment de progression qui la rapproche de son homologue virtuel. On va compter les points puis avancer sur cette grande feuille bleue, où chaque point d’intérêt amène des cartes à débloquer, de nouvelles tuiles à utiliser et forcément, des contraintes supplémentaires à avoir en tête. L’équipe dispose de plus de cordes à son arc, mais aussi de nouveaux nœuds de cerveau à démêler.

Tout l’enjeu de Dorfromantik vient des « objectifs », des hexagones spéciaux qui vont demander de former une forêt de sept tuiles par ici ou une rivière longue de quatre cases par là. Elles sont toujours présentes sur le terrain de jeu et vont forcer les joueurs à orienter leur plan de construction pour favoriser des cases qui multiplient les points. Des moulins, des entrepôts, des drapeaux, et même des collines, dont la valeur en points dépend du nombre de tuiles voisines – à mesure que le village prend vie, la fiche de score grossit elle aussi.

Séjour à la campagne

Dorfromantik, c’est un joli mot allemand qui désigne ce sentiment de nostalgie qu’éprouvent les Parisiens quand ils mettent le pied à la campagne. Mais si ça ne vous enchante pas d’entendre crier « regarde, une vache ! » devant chaque champ, c’est un voyage qui peut aussi se vivre en solo. Le jeu de plateau se joue exactement de la même façon qu’on soit seul ou à plusieurs, c’est juste qu’on réfléchit avec un seul cerveau. Voyez ça comme un puzzle interactif, et vous tiendrez là une activité de choix pour occuper un dimanche après-midi avec un peu de musique.

De cette simple promesse d’emboîter des petites tuiles, le jeu va dérouler tout un tas de mécaniques et accompagner gentiment les joueurs. Exactement comme dans le jeu vidéo, en fait. La table de jeu va s’agrémenter de petits jetons, d’une montgolfière qu’on peut déplacer et même de cartes représentant des succès à débloquer pour des récompenses. Des embranchements « à la Slay the Spire » jusqu’à la pile de tuiles qui se vide au fil de la partie, tout est pensé comme un jeu vidéo.

On avait déjà affaire à un super jeu de plateau virtuel en 2021 alors naturellement, la version physique n’a pas trop à forcer pour assurer la relève. Elle fait tout aussi bien que sur un écran, les animations mignonnes en moins. C’est une bonne chose, parce que les gens qui ont déjà essoré le jeu vidéo peuvent trouver dans la boîte de Dorfromantik une nouvelle façon de vivre l’expérience, avec une longue campagne et quelques nouvelles tuiles au passage. Et ceux qui n’étaient pas encore tombés dedans découvriront une sorte de Carcassonne minimaliste tout doux, mais aussi une porte d’entrée vers l’une des plus dangereuses addictions de ces dernières années. La chance.

Images : © Gigamic