Moi qui n’ai pas connu les hommes


Le problème du genre post-apocalyptique, c'est qu'il ne se soucie que de l'action. Quand il n'est pas politique (la société s'est effondrée, comment la réinventer ?), il s'intéresse essentiellement au caractère pratique de la survie (tuer ou être tué, assurer sa subsistance). Peut-être parce que, de George Miller à Cormac McCarthy, il s'agit d'un genre majoritairement écrit par des hommes, je ne sais pas.

Moi qui n’ai pas connu les hommes, lui, a été écrit par Jacqueline Harpman. Trente-neuf femmes sont retenues dans une prison souterraine, nourries par des gardes silencieux. Pourquoi sont-elles détenues ? Depuis quand ? Aucune ne s'en souvient. Un jour, sans plus de raison que cela avait commencé, cela s'arrête : une alarme retentit et les gardes s'enfuient, laissant ouverte la porte de la cage. Les femmes en profitent pour s'échapper et retrouvent seules dans un monde désertique. Démarre alors une longue marche, moins extérieure qu'intérieure. Il n'est pas question de rebâtir la société humaine, ni de savoir comment manger, mais de trouver du sens dans une vie et un monde qui en sont totalement dépourvus. Comment vivre sans but, sans espoir, sans avenir et sans passé ? On est plus près de Beckett que de Mad Max et on sort changé de ses même pas deux cents pages. – Louis-Ferdinand Sébum

Un roman de Jacqueline Harpman, disponible aux éditions Le Livre de Poche.

Psychologie de la connerie


J'ai fini de lire la trilogie sur la connerie*, et je me sens un peu plus intelligente moins bête. C'est fou comment autant de spécialistes de toutes disciplines ont réussi à nous expliquer les cons, de l'homme de Cro-Magnon à l'homme de la Silicon Valley, de l'humain le plus navrant jusqu'au plus savant. C'est d'ailleurs celui qui, souvent, se fait le plus remarquer dans l'Histoire, parce qu'entre l'idée de génie et la connerie, il y a parfois un micro-pas.

Vous me direz : tout le monde est spécialiste de la connerie, du moment que c'est celle des autres. Et vous aurez en partie raison, surtout en enrichissant vos a priori avec les textes et interviews des divers intervenants pleindetrucologues, qui nous éclairent sur la chose qui semble la mieux partagée par l'humanité, qu'on l'appelle connerie ou autre chose. Car le plus important est surtout de décrire nos travers sous n'importe quels prétexte et contexte, et dont chacun peut parfois subir les conséquences pour sa propre pomme, comme expliqué notamment dans (mon préféré) Psychologie de la connerie en amour. Les livres sont bien documentés, informatifs, lisibles par petites touches et très souvent drôles. C'est à ça qu'on se reconnaîtra dedans et ça ne fait pas forcément de nous des crétins, juste des humains... qui osent tout. – Sonia

* En réalité il y a quatre livres mais je ne sais pas très bien écrire couadriloji, et j'ai volontairement éludé celui sur La connerie en politique pour ne pas avoir l'impression de lire un pléonasme de 388 pages.

Une série de livres sur la connerie, dirigée par J.F. Marmion, entre 10 et 22 €

Kraven the Hunter


Il existe peu de films dignes de figurer au cursus d’études de cinéma. Kraven le mérite. Je crois même qu’il faut un cours dédié, qui en analyserait toutes les facettes et s’intitulerait « Ne faites jamais ça ». C’est fascinant. Le petit dernier – et heureusement, vraiment le dernier – de l’univers parallèle de Sony sur les méchants de Spider-Man, mais sans Spider-Man (tout un concept, né d’un micmac de droits) est un naufrage.

Un truc marvelesque, on ne s’attend pas à un chef-d’œuvre. Mais ici, rien ne va, à un tel point que le « film » se disqualifie même des catégories excuses (popcorn, plaisir régressif, navet qui tourne au nanar, etc.). Je pense qu’il a été remonté les yeux fermés, pour rendre l’origin story du super-chasseur Kraven (dont on se fout de base) incompréhensible, interminable, sans enjeux, sans cohérence même entre les scènes. Un vilain, mais qui est gentil, mais en fait il sera vilain, mais c’est la faute à son papa criminel. Sauf si vous voulez voir Russell Crowe, le fameux père russe mafieux, terminer sa transformation en Depardieu hollywoodien et torpiller ce qui lui reste de carrière, manger un oursin avec sa coque sera moins douloureux. – Perco

Un film réalisé par J. C. Chandor, actuellement au cinéma. 2 heures et 7 minutes que vous ne récupérerez jamais.