Matt McKenzie


Je ne supporte plus ces youtubeurs qui s'expatrient dans des pays à bas coût, généralement en Asie du Sud-Est ou en Amérique latine, pour nous expliquer que leur vie y est paradisiaque. Heureusement, il y a Matt McKenzie, un Écossais inconnu (8 000 abonnés au moment où j'écris ces lignes), qui remet les pendules à l'heure. Pour fuir l'inflation dans son pays natal, il a fait un choix radical et s'est installé avec sa femme et sa fille dans un cabanon en bois au-dessus d'une mangrove, sur une île paumée au large du Cambodge.

Avec un humour pince-sans-rire, il parle de sa réalité : l'ennui et l'isolement, les insectes, l'enfer permanent du climat tropical, sa lente décrépitude physique, son léger alcoolisme, une loutre qui vole le goûter de sa fille. Le ton est très original, l'autodérision rafraîchissante, il y a de splendides images de plages désertes, et à la fin de chaque vidéo, vous vous direz « finalement, on n'est pas si mal dans notre T2 à Nanterre ». – ackboo

Une chaîne YouTube en anglais (activez les sous-titres automatiques si vous avez du mal avec l'accent écossais).

Écrire Mazan


Élise Costa est une chroniqueuse judiciaire française extrêmement talentueuse, à qui l'on doit déjà l'excellent livre Les Nuits que l'on choisit, où elle racontait comment elle en est venue à écrire sur le crime et évoquait les nombreux questionnements éthiques inhérents à son activité. Son dernier livre, Écrire Mazan, se lit en deux temps : en page de droite, on retrouve six de ses articles sur l'affaire des viols de Mazan tels qu'ils ont été initialement publiés sur Slate.fr  – lesquels commencent par un portrait de Gisèle Pelicot, retracent plusieurs étapes de l'enquête et s'attardent ensuite sur différentes parties du procès.

En page de gauche, on retrouve les notes du carnet qu'Élise Costa a tenu durant tout son processus de rédaction : au travers de croquis, de réflexions ou encore de listes de références qui ont nourri son travail d'écriture, elle nous éclaire sur sa manière de raconter ce procès historique suivi par plus de 165 médias. Comment construire un tel récit ? Comment se rapprocher au mieux de la vérité, sans jamais sombrer dans l'étalage de faits sordides ? Comment, en tant que journaliste, peut-on rendre justice à ceux qui acceptent de nous faire confiance en nous donnant leur parole ? C'est une lecture passionnante, pleine d'humanité  – et c'est aussi une vraie ode au processus d'écriture, où l'on mesure à quel point chaque mot compte lorsqu'il s'agit de raconter l'innommable. – Ellen Replay 

Un livre d'Élise Costa publié aux éditions Marchialy, 22 €, 290 pages.

Superman


Après avoir prouvé avec Les Gardiens de la Galaxie qu’un film Marvel pouvait être simplement divertissant et drôle, un exploit, James Gunn passe chez DC pour décrotter Superman de tout le vernis « messie et Jésus volant » de la série des Man of Steel. Tant mieux. On démarre avec la meilleure vision possible pour répondre à l’éternel paradoxe de ce héros invincible : un crash près de sa forteresse de solitude de glace, après qu'il s'est visiblement pris une peignée monumentale par le Marteau de Boravie, une créature créée par Lex Luthor. Un Superman qui saigne, qui souffre, qui a sans doute les yeux tout collés le matin avant d’aller pointer au Daily Planet, ça change.

Le film est évidemment un clin d'œil à l’actualité et aux conflits mondiaux actuels, un peu niais mais avec une candeur et une envie d’aider son prochain qui jure avec le passeport actuel du réfugié de Krypton. C’est filmé avec des focales courtes, de la lumière vive et de la couleur, comme si James Gunn hurlait « C’est de la BD, souvenez-vous bordel ! », et ça fait du bien. Surtout, le chien de Superman, Krypto, lui vole la vedette à coups de regards qui semblent dire « je vais sauver le monde, mais d’abord le parc et ma baballe». Un sidekick canin aussi charismatique, on parie qu’il aura son spin‑off avant l’an prochain. – Perco

Un film de James Gunn, 2 h 10, sorti au cinéma le 9 juillet 2025.