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Genre : randonnée
Développeur : Might and Delight (Suède)
Éditeur : Might and Delight
Plateformes : Windows, macOS, Linux
Téléchargement : 1,8 Go
Sortie prévue : fin 2023
Langue : anglais
Prix actuel : 23 €
« Renonce à me mettre une étiquette », préviens Le Livre du Voyage dès sa première page dans un vibrant incipit. C’est sans doute en lisant ce début déjà captivant que les Suédois de Might and Delight ont décidé de créer un MMO bizarroïde, qui ne rentre dans aucune case. Fin 2019, ils ont récolté 250 000 € sur Kickstarter avec la promesse d’une « expérience de roleplay unique ». Ce mois-ci, ils ont enfin sorti leur Livre du Voyage à eux, une modeste offrande au titanesque chauve de Toulouse, j’en suis convaincu : Book of Travels.

Question pulvérisation d’étiquettes, en effet, ça se pose là : on parle d’un « tiny-MORPG », à sept joueurs seulement par serveur, qui valorise l’exploration, le pacifisme et la lenteur (sauf quand un bug m’a permis de me téléporter instantanément où je voulais). Ça commence avec une création de perso vraiment fabuleuse, où des classes comme « marchemousse » ou « glaneur » (j’ai traduit, car le jeu n’est disponible qu’en anglais) ne sont décrites que par une phrase poétique et une superbe illustration type vieux livre de contes. On choisit d’être plus « social » ou « spirituel », on prend « lecture des cœurs » ou « bras mystiques » comme compétence de départ et nous voilà lâché au beau milieu d’un archipel féérique et sauvage qu’on appelle la Corniche d'Étorsade.
La communication à base d'images entre les joueurs est très réussie.

Éditions La Découverte.

Beau. C’est très beau. Voilà la seule pensée qu’il est possible d’avoir en arrivant sur le rivage bordé de saules où débute Book of Travels, dans un écran peint à la main et tout en nuances de bleu et de vert. Tout de suite, je me suis cru dans un vieil album de l’École des Loisirs ou dans l’atlas imaginaire de François Place, et ça m’a beaucoup plu. Heureusement, parce que marcher à deux à l’heure pour admirer toujours plus de nouveaux décors constitue le principal intérêt du jeu : on se déplace dans toutes les directions (pas seulement la gauche et la droite) pour parcourir des marais, des vallées, des forêts, des canyons, des plages.

D’ailleurs, les développeurs ont pris une certaine liberté avec leur adaptation car normalement, dans Le Livre du Voyage, ledit voyage est uniquement intérieur. Mais bon, on leur pardonne vu que le monde qu’ils ont créé est joli, vaste et surtout, mystérieux à souhait. L’histoire de l’archipel n’est dispensée que par très petites touches et c’est au joueur de recoller les morceaux entre eux ou de pousser loin, toujours plus loin, pour dénicher un sanctuaire reculé ou un village perdu, toujours dans un paysage enchanteur. C’est un peu décevant que la Corniche d'Étorsade soit découpée en une myriade d’écrans avec moult temps de chargement au lieu d’être un grand monde ouvert, et j’aurais préféré que les arbres ou les gros rochers n’apparaissent pas tout d’un coup de façon brusque lorsqu’on avance, mais ça ne m’a pas trop gâché le plaisir de la découverte de ces îles oniriques.

Tiny-mots

Les rares rencontres avec d’autres voyageurs sont en général des moments excitants et remplis de bienveillance. On ne peut communiquer qu’avec des vignettes où sont affichés des symboles ou des expressions de notre perso, ce qui donne lieu à des conversations touchantes type « flèche vers la gauche, point d’interrogation, cœur ? » et « flèche vers la droite, visage triste, cœur brisé ». Une très chouette idée, même si elle devient un peu incongrue quand on se rend compte que les PNJ, eux, nous parlent normalement.

L’archipel du goût vague.

Non, à ce jour, le plus gros bémol se situe plutôt au niveau de la quantité de contenu disponible. Accès anticipé oblige, le monde reste très incomplet et même s’il y a moyen de caser une grosse poignée d’heures d’exploration dans cette version initiale, on aurait déjà aimé pouvoir s’aventurer beaucoup plus loin. Et puis bien sûr, des joueurs déçus clament déjà sur Internet qu’il n’y a « rien à faire », ce qui est assez vrai mais n’est pas du tout gênant dans un jeu pensé pour la balade, la rêverie et les trouvailles mystérieuses dans la nature.

Au contraire, pour l’instant je trouve même que Book of Travels aurait gagné à rétrécir encore l’éventail de ses activités : il y a un système de commerce un peu imbitable, des nœuds qui servent à lancer des sorts, des compétences dont on ne comprend pas l’intérêt, de l’artisanat, deux ou trois combats fulgurants et pas convaincants, des quêtes simplistes. Quitte à lancer un jeu d’exploration, je préfèrerais que le jeu se concentre à fond là-dessus au lieu de me laisser miroiter des mécaniques cryptiques. Mais bon, n’est pas Bernard Werber qui veut.

En l'état

Izual le 26 octobre 2021

| Modifié le le 18 décembre 2024

Disons-le tout de go : Book of Travels serait une très mauvaise adaptation du chef-d'œuvre werberien Le Livre du Voyage. C’est en revanche un jeu d’exploration aussi original que croquignolet, qu’on recommandera chaudement lorsque son monde se sera agrandi et qu’il aura fait du ménage dans ses mécaniques.
Attendez