Au début, on ne sait pas par où commencer, et il n’y a aucun lien chronologique auquel se référer. Alors on prend le premier document qui nous tombe sous la main, et on lit, en essayant de déterminer soi-même les logiques internes du récit. J'ai commencé par une frise, sur laquelle on voit une femme ressasser son sentiment de dépression sous la neige. « Je m’en fiche, pense-t-elle en sortant de son immeuble. Tant pis si la neige tombe, elle pourrait tout aussi bien m’enterrer. » Ensuite, j'ai choisi le triptyque cartonné, sur lequel figure un immeuble entouré de petites cases. On y voit une femme qui se vernit les ongles sur son lit, un type qui picole sur son perron, un couple qui bat de l’aile, une vieille dame lovée sous un plaid. Building Stories raconte l’histoire d’un immeuble de trois étages situé à Chicago et celle de tous ses habitants au fil des années – et c’est au lecteur de choisir de quelle manière il souhaite l’expérimenter et de faire le lien entre chaque élément. Selon l’ordre de lecture, la perception des personnages peut drastiquement évoluer. C’est déroutant, magnifique et triste à la fois, et ça en dit beaucoup sur la condition humaine, à l’image du reste de l’œuvre de Chris Ware.