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Genre : gestion paysanne
Développeur : FreeMind S.A. (Pologne)
Éditeur : PlayWay
Plateforme dispo : Windows
Téléchargement : 7 Go
Date de sortie : 20/10/2023
Langues : (mauvais) français, anglais
Prix : 20 €
Je prépare mentalement le programme de mes prochaines heures. D'abord, comme d'habitude, sortir les vaches de l'étable et les traire à coups de clic droit-clic gauche. Puis ramasser les œufs de mes cinq poules affamées. Ensuite, c'est une harassante journée de labourage et de semence qui m'attend. Cette saison, je vais surtout faire des choux et de la betterave, car le cours est en hausse. Un peu de maïs aussi, pour nourrir les deux petits cochons que ma truie Caroline a mis au monde le mois dernier. Je sors, je bois un coup au puits, puis je vais jeter un œil aux animaux. Les vaches ont chié partout cette nuit, pas grave, je pique les galettes de purin à la fourche pour les mettre au compost : ça me fera de l'engrais pour mon champ d'avoine.
Perso, je suis plus « minimalisme suédois », mais ça ne m'empêche pas d'être fier des trophées de chasse que j'ai accrochés aux murs de ma cuisine.

Vivant, tout simplement

Avant de commencer le travail de la terre, j'enfourche mon vélo rouillé pour faire quelques courses au village. Chez Sophia l'épicière, j'achète un peu de sucre, un peu de café, dix bouteilles vides pour mon alcool de contrebande. J'évite soigneusement Henry, le clodo du coin, qui veut encore se battre avec moi. 10 h 36, de retour à la ferme, j'accroche la charrue à mon fidèle cheval Zloty, nous commençons le lent et fastidieux exercice de labourage.

Pour un peu, je sens presque l'odeur de la terre et de l'herbe coupée.

Vous pourriez penser que mon existence est misérable. Que dans cette grandiose épopée rurale qu'est Farmer's Life, le confort de la vie citadine et moderne me manque. Pas du tout. J'entends le hennissement vigoureux de mon cheval. Je pense à l'argent que toutes ces petites graines vont me rapporter. Pour un peu, je sens presque l'odeur de la terre et de l'herbe coupée. Je me sens paysan. Je me sens polonais. Je me sens vivant, tout simplement.

Mildiou Valley

Il faut dire que, depuis quelques années, je me suis découvert une véritable passion pour les simulations paysannes. Farming Simulator m'a introduit aux joies de l'agriculture productiviste contemporaine. Stardew Valley m'a proposé une vision joyeuse et fantasmée de la ruralité. Arrive alors cet étonnant Farmer's Life qui a l'excellente idée de ne rien faire comme ces deux titres. Ici, pas de petites fermettes bien propres avec de beaux napperons en dentelle sur les tables. Pas d'animaux kawaï qui font des sourires à la caméra. Pas de machines rutilantes qui vous permettent de labourer 30 hectares en un après-midi. Non, Farmer's Life, c'est un peu comme si Stardew Valley avait été réécrit par Ingmar Bergman en plein épisode dépressif.

Le héros du jour s'appelle donc Kazimir, un soldat polonais démobilisé après la Seconde Guerre mondiale. Revenant sur sa terre natale, il découvre que ses parents n'ont pas survécu au passage des armées. Alcoolique, traumatisé, il décide alors de se reconstruire en reprenant la petite ferme familiale. Un vrai célibattant.

Kasimir le ferrailleur

Si la ferme est une ruine, l'open world tout autour est un peu plus avenant. Vous avez un village où quelques PNJ vendent leur bric-à-brac. Une ferme d'État où écouler les futures récoltes. Une scierie tenue par deux jumeaux antipathiques qui vendent des planches à un tarif d'escroc. Il y a même de belles forêts à explorer. Sur les trois ou quatre premières heures de jeu, c'est là que j'ai trouvé de quoi me faire un peu d'argent, en récupérant la ferraille dans les décharges sauvages, en siphonnant l'essence sur les épaves de tanks. Mais là n'est pas le cœur du jeu. Farmer's Life est un jeu agricole, il va donc falloir planter des choux.

Planter la petite graine

Sur les premières saisons, tout se fait « à la main ». On creuse les sillons à la bêche, on fertilise les champs avec un seau de compost, puis on sème. Graine par graine. C'est réaliste, mais c'est lent. Comptez plusieurs minutes à cliquer sur le sol pour commencer à faire pousser quelques mètres carrés de carottes ou d'oignons. Perso, je trouve ça étrangement relaxant. Il y a quelque chose de méditatif, d'apaisant, un peu comme lorsqu'on doit faire des allers-retours à la moissonneuse pendant dix minutes sur Farming Simulator. Plop, une graine de plantée. Plop, une autre graine. Plus que 98 et je pourrai aller manger un œuf dur dans ma cuisine pourrie avant de me coucher. Le lendemain, à l'aube, ce sera un bonheur d'aller parcourir les champs en buvant un café et d'admirer les pousses.

Un cœur en hiver

Farmer's Life gère évidemment les saisons – une « journée » dans le jeu correspond à un mois de l'année – et l'hiver propose donc d'autres activités. Il y a toujours du gibier à chasser, des tas de petites quêtes à réaliser pour les PNJ, mais Kasimir peut aussi en profiter pour cuisiner plein de trucs avec les légumes récoltés pendant l'été, distiller de l'alcool, rouler des cigarettes avec le tabac qui a poussé dans l'arrière-cour, faire des confitures, des bouillons. Le panel d'activités est très complet, la gestion du temps parfois serrée.

Distiller de l'alcool, rouler des cigarettes, faire des confitures, des bouillons.

C'est aussi la période propice à la construction : abattage du bois et découpe des planches, édification d'un nouvel enclos pour accueillir des vaches, des cochons, des chèvres, des moutons, des chevaux. Et puis il y a cette ambiance triste, ce froid, qui oblige Kasimir à se descendre une petite bouteille de vodka pour éviter de sombrer dans la déprime (ça donne un malus), ou le fait hésiter à sortir pour se soulager dans la cabane de jardin (ça donne un bonus).

Les temps modernes

Même si les saisons s'enchaînent et, il faut bien le dire, se ressemblent, Farmer's Life ne relâche jamais son emprise. Car il y a toujours quelque chose de nouveau à améliorer. Au bout de quatre ou cinq ans, quand le métier et l'argent commencent à rentrer, il devient possible d'acheter du terrain, d'amener l'électricité à la ferme, de mécaniser le travail des champs, de construire de nouveaux bâtiments. C'est la modernisation en marche, et j'avoue que j'étais au bord des larmes quand, après des heures de boulot, j'ai pu installer une ampoule dans mon étable, atteler une semeuse automatique à mon tracteur et commencer à planter un immense champ sur une nouvelle parcelle. J'ai senti que j'avais « passé un cap » dans ma vie de paysan virtuel.

Elle, c'est Marie. Ça fait trois saisons que je la drague comme un gros pick-up artist polonais en lui offrant des clopes et des morceaux de poulet. Si elle accepte de m'épouser, elle pourra effectuer certaines tâches à la ferme, comme rentrer les vaches.

Cyberplouc 1950

Alors bien sûr, Farmer's Life n'est pas un triple-A. La réalisation, avec Unity en coulisses, alterne le sublime (un lever de soleil en hiver sur une belle ferme bien propre) et le ridicule (le popping dégueulasse de la végétation). Le moteur physique tient avec des bouts de ficelle. Les PNJ sont hideux. Et la vie paysanne reste foncièrement répétitive. Ramasser les œufs, nettoyer le fumier, traire les vaches, récolter 300 pieds de maïs, remplir la mangeoire des cochons, tirer l'eau du puits, faire un énième aller-retour  en chariot pour aller vendre douze ballots de foin à la ferme d'État...

Quand je suis dans Farmer's Life, j'oublie tout.

Mais cette routine immuable et rassurante, couplée à l'incroyable sentiment d'immersion que ce jeu procure, est peut-être sa plus grande qualité. Quand je suis dans Farmer's Life, j'oublie tout. Je ne pense plus à mon linge sale, à ma déclaration d'impôt, à mes problèmes de scooter, à ma tendinite au coude, au dernier drame mondial. Les heures défilent et je suis ailleurs. Je suis en Pologne, dans les années 1950. Je suis Kasimir, un homme simple, rugueux, fier de mes champs, fier de mes bêtes, et je veux travailler dur pour construire la plus belle exploitation agricole de la région. Est-ce normal, est-ce sain de trouver cela bien plus motivant qu'une énième mission dans Cyberpunk 2077 ? Je ne sais pas, mais en attendant, je me régale.

Oui, on peut changer les rideaux

Nous testons Farmer's Life avec beaucoup de retard (il est sorti en octobre), mais cela a un avantage : le DLC Pimp my Cottage (six petits euros), vient de sortir et permet de pousser encore plus loin l'amélioration de la ferme. Les options de construction et de décoration sont beaucoup plus riches, vous pouvez changer le papier-peint, les rideaux, installer de la jolie vaisselle, des tapis, afin de transformer le cabanon dégueulasse laissé par vos parents en une villa à faire pâlir de jalousie une instagrameuse cottagecore.

Notre avis

ackboo le 30 mai 2024

| Modifié le le 15 juin 2024

Bien sûr, Farmer's Life est un jeu polonais à budget modeste, alors il est parfois bancal, répétitif, peut-être un peu moche. Mais quelle aventure. Quelle richesse dans le contenu et les activités. Quelle originalité dans cet hymne à la paysannerie d'antan. Si vous avez salement accroché à des jeux comme Stardew Valley, Farming Simulator, voire Medieval Dynasty, je vous garantis que vous aurez du mal à quitter ce sim-ferme attachant et addictif.