Développeur : FreeMind S.A. (Pologne)
Éditeur : PlayWay
Plateforme dispo : Windows
Téléchargement : 7 Go
Date de sortie : 20/10/2023
Langues : (mauvais) français, anglais
Prix : 20 €
| Modifié le le 15 juin 2024
Campagne polonaise, mars 1952, 4 h 38 du matin. Assis sur l'unique tabouret de ma cuisine miteuse, je mange une vieille tranche de jambon que je fais passer avec un peu de thé à la vodka. La lumière chancelante d'une lanterne à pétrole fait danser les ombres sur les murs décrépits.
Vivant, tout simplement
Avant de commencer le travail de la terre, j'enfourche mon vélo rouillé pour faire quelques courses au village. Chez Sophia l'épicière, j'achète un peu de sucre, un peu de café, dix bouteilles vides pour mon alcool de contrebande. J'évite soigneusement Henry, le clodo du coin, qui veut encore se battre avec moi. 10 h 36, de retour à la ferme, j'accroche la charrue à mon fidèle cheval Zloty, nous commençons le lent et fastidieux exercice de labourage.Pour un peu, je sens presque l'odeur de la terre et de l'herbe coupée.
Mildiou Valley
Il faut dire que, depuis quelques années, je me suis découvert une véritable passion pour les simulations paysannes. Farming Simulator m'a introduit aux joies de l'agriculture productiviste contemporaine. Stardew Valley m'a proposé une vision joyeuse et fantasmée de la ruralité. Arrive alors cet étonnant Farmer's Life qui a l'excellente idée de ne rien faire comme ces deux titres. Ici, pas de petites fermettes bien propres avec de beaux napperons en dentelle sur les tables. Pas d'animaux kawaï qui font des sourires à la caméra. Pas de machines rutilantes qui vous permettent de labourer 30 hectares en un après-midi. Non, Farmer's Life, c'est un peu comme si Stardew Valley avait été réécrit par Ingmar Bergman en plein épisode dépressif.Le héros du jour s'appelle donc Kazimir, un soldat polonais démobilisé après la Seconde Guerre mondiale. Revenant sur sa terre natale, il découvre que ses parents n'ont pas survécu au passage des armées. Alcoolique, traumatisé, il décide alors de se reconstruire en reprenant la petite ferme familiale. Un vrai célibattant.
Kasimir le ferrailleur
Si la ferme est une ruine, l'open world tout autour est un peu plus avenant. Vous avez un village où quelques PNJ vendent leur bric-à-brac. Une ferme d'État où écouler les futures récoltes. Une scierie tenue par deux jumeaux antipathiques qui vendent des planches à un tarif d'escroc. Il y a même de belles forêts à explorer. Sur les trois ou quatre premières heures de jeu, c'est là que j'ai trouvé de quoi me faire un peu d'argent, en récupérant la ferraille dans les décharges sauvages, en siphonnant l'essence sur les épaves de tanks. Mais là n'est pas le cœur du jeu. Farmer's Life est un jeu agricole, il va donc falloir planter des choux.
Planter la petite graine
Sur les premières saisons, tout se fait « à la main ». On creuse les sillons à la bêche, on fertilise les champs avec un seau de compost, puis on sème. Graine par graine. C'est réaliste, mais c'est lent. Comptez plusieurs minutes à cliquer sur le sol pour commencer à faire pousser quelques mètres carrés de carottes ou d'oignons. Perso, je trouve ça étrangement relaxant. Il y a quelque chose de méditatif, d'apaisant, un peu comme lorsqu'on doit faire des allers-retours à la moissonneuse pendant dix minutes sur Farming Simulator. Plop, une graine de plantée. Plop, une autre graine. Plus que 98 et je pourrai aller manger un œuf dur dans ma cuisine pourrie avant de me coucher. Le lendemain, à l'aube, ce sera un bonheur d'aller parcourir les champs en buvant un café et d'admirer les pousses.
Un cœur en hiver
Farmer's Life gère évidemment les saisons – une « journée » dans le jeu correspond à un mois de l'année – et l'hiver propose donc d'autres activités. Il y a toujours du gibier à chasser, des tas de petites quêtes à réaliser pour les PNJ, mais Kasimir peut aussi en profiter pour cuisiner plein de trucs avec les légumes récoltés pendant l'été, distiller de l'alcool, rouler des cigarettes avec le tabac qui a poussé dans l'arrière-cour, faire des confitures, des bouillons. Le panel d'activités est très complet, la gestion du temps parfois serrée.Distiller de l'alcool, rouler des cigarettes, faire des confitures, des bouillons.
Les temps modernes
Même si les saisons s'enchaînent et, il faut bien le dire, se ressemblent, Farmer's Life ne relâche jamais son emprise. Car il y a toujours quelque chose de nouveau à améliorer. Au bout de quatre ou cinq ans, quand le métier et l'argent commencent à rentrer, il devient possible d'acheter du terrain, d'amener l'électricité à la ferme, de mécaniser le travail des champs, de construire de nouveaux bâtiments. C'est la modernisation en marche, et j'avoue que j'étais au bord des larmes quand, après des heures de boulot, j'ai pu installer une ampoule dans mon étable, atteler une semeuse automatique à mon tracteur et commencer à planter un immense champ sur une nouvelle parcelle. J'ai senti que j'avais « passé un cap » dans ma vie de paysan virtuel.
Cyberplouc 1950
Alors bien sûr, Farmer's Life n'est pas un triple-A. La réalisation, avec Unity en coulisses, alterne le sublime (un lever de soleil en hiver sur une belle ferme bien propre) et le ridicule (le popping dégueulasse de la végétation). Le moteur physique tient avec des bouts de ficelle. Les PNJ sont hideux. Et la vie paysanne reste foncièrement répétitive. Ramasser les œufs, nettoyer le fumier, traire les vaches, récolter 300 pieds de maïs, remplir la mangeoire des cochons, tirer l'eau du puits, faire un énième aller-retour en chariot pour aller vendre douze ballots de foin à la ferme d'État...Quand je suis dans Farmer's Life, j'oublie tout.
Oui, on peut changer les rideaux
Nous testons Farmer's Life avec beaucoup de retard (il est sorti en octobre), mais cela a un avantage : le DLC Pimp my Cottage (six petits euros), vient de sortir et permet de pousser encore plus loin l'amélioration de la ferme. Les options de construction et de décoration sont beaucoup plus riches, vous pouvez changer le papier-peint, les rideaux, installer de la jolie vaisselle, des tapis, afin de transformer le cabanon dégueulasse laissé par vos parents en une villa à faire pâlir de jalousie une instagrameuse cottagecore.