C'est un soir de février comme tant d'autres, où la nuit tombe très tôt, où conduire aux heures de pointe revient à slalomer dans le noir. Comme à mon habitude, je redescends le périphérique parisien pour rentrer chez moi. Bien dans ma file, je suis la procession de tôle et de pneus qui se dirige vers l'autoroute A4, à une moyenne folle de 15 km/h, dans un froid plus mordant que de coutume. Mais rien ne saurait me démoraliser, puisqu'une raclette m'attend à la maison. Rien, sauf cette soudaine impression de passer dans une machine à laver. En l'espace d'une dizaine de minutes, mon monde s'est effondré. Ma moto est par terre à pisser de l'huile, le type qui vient de me percuter par l'arrière en me faisant passer sur son capot s'est enfui et j'assiste, impuissant, à une scène de confusion totale sur le bitume du périphérique. Au milieu des voitures arrêtées, une conductrice sort de son véhicule en larmes pour voir si je vais bien, persuadée que je suis passé sous la voiture de l'autre empaffé. Un autre, pressé par le temps, me propose d'échanger nos cartes de visite pour témoigner tandis qu'une troisième personne appelle les pompiers. Et moi ? Je ne peux m'empêcher de fixer ma moto étendue au sol, écœuré de voir des mois d'économies et de privations partir en morceaux, à cause d'un énième connard de la route.