| Modifié le le 25 mai 2021
Une araignée au plafond. Une case en moins. Un pet au casque. Bercé trop près du mur. Bête à bouffer du foin. Timbré. Fou. Idiot. Débile. Crétin. Couillon. Imbécile... Les qualificatifs ne manquent pas pour parler d'un type prêt à monter chaque jour sur un deux-roues et traverser des agglomérations où la moindre rue peut devenir son tombeau.
Faites la bourre, pas la guerre.
Au milieu des secours et des témoins, la situation commence à s'éclaircir. Le conducteur responsable de mes tourments a été arrêté 500 mètres plus loin par le type à la carte de visite et j'apprends en écoutant la radio des policiers que leurs collègues ont dû le porter jusqu'à leur camion, en raison d'un état d'ébriété « très avancé ». La plainte au commissariat, les coups de fil sans fin de mon assureur, la visite médicale... Je dois répéter mon histoire encore et encore, revivre la scène à chaque fois, jusqu'à ce que l'angoisse ait colonisé la moindre parcelle de mon esprit.« Et s'il était temps d'arrêter la moto ? »
Cette question va me trotter longtemps dans la tête, comme un éclair de lucidité dans le cerveau d'un inconscient. Après tout, à quoi bon risquer sa peau quand on veut simplement aller et venir du travail ? Devenu piéton par la force des choses, sans réelle obligation de remonter en selle, je me mets à stresser. Je stresse, car je viens de comprendre qu'aussi prudent et compétent que l'on puisse être, il nous est impossible de maîtriser les autres. Mais, comme me le disait mon pépé quand il m'apprenait à faire du véloNote : 1 : si tu tombes, il faut te remettre tout de suite en selle. OK, et je fais comment, moi, pour reprendre la moto pendant que la mienne agonise au garage ? C'est là que je me suis souvenu que, quelque part dans ma bibliothèque Steam, traînait Ride.
Note 1 : Ou plutôt, comme le disent TOUS les pépés qui apprennent la vie à leurs petits-enfants à coups de sagesse populaire.
Why so serious ?
Ride, le six sur dix. Ride, le service minimum. Ride, la demi-déception. Mais surtout, Ride, l'huile de foie de morue que mon esprit balafré va devoir boire par bols entiers pour se soigner. Car, à défaut de pouvoir remonter tout de suite sur ma machine, je me mets à faire comme si. Une épreuve plus difficile qu'il n'y paraît. Je retrouve ma moto dans le jeu, et même si le son du moteur ne correspond en rien à la réalité, je m'y croirais. À tel point que, trop angoissé, je dois tout d'abord jouer en vue à la troisième personne. Oui, moi qui ne jure que par la caméra collée au guidon, je me retrouve obligé de prendre une certaine distance. Petit à petit, je réapprends les bases. Le freinage, le positionnement et l'accélération en courbe, un peu comme si je voulais passer en revue toutes mes connaissances, afin de m'assurer qu'aucune faille ne me mettra en danger, là où les problèmes ne se règlent pas d'un alt-F4. Peu à peu, à raison d'une ou deux heures tous les soirs, je me rends compte que le Ride auquel je joue n'est pas celui qu'ont imaginé ses développeurs. Pensé pour être un jeu de course dans lequel on doit se tirer la bourre, le titre de Milestone est devenu pour moi un serious game, l'un de ceux qui apportent au joueur qui les pratique des connaissances ou, dans mon cas, un bénéfice thérapeutique.