J'écris ces lignes en pleine nuit, recroquevillé sur mon canapé, en attendant que le jour se lève et que le RER me conduise à la rédac. Tout a commencé il y a quelques jours. Oubliant l'espace d'un instant que je suis ce qu'on appelle, dans l'argot des amateurs de sensations fortes, « une flippette », je me suis laissé convaincre de regarder trois films d'horreur dont on m'avait dit le plus grand bien. The Witch (Robert Eggers, 2015) nous raconte l'histoire d'une famille de puritains du XVIIe siècle, recluse dans une ferme isolée de Nouvelle-Angleterre, aux prises avec la sorcière du coin. Plongé dans la pensée magique et les névroses de chrétiens affamés, hantés par la peur du châtiment et de la corruption (la langue et les prières d'époque, qui vont de l'angoissant à l'érotique, y sont pour beaucoup), le spectateur ne sait jamais si les événements ont une origine naturelle, magique ou psychologique. Autant vous dire que je n'étais pas très bien. C'était l'heure d'enchaîner avec It Follows (David Robert Mitchell, 2014), slasher existentialiste. Après avoir couché avec elle sur un parking, un type apprend à sa dernière conquête qu'il est atteint d'une malédiction sexuellement transmissible. Désormais, elle sera traquée par une entité invisible à tous sauf à elle. Elle la suivra partout, en ligne droite, d'un pas lent mais déterminé. Comme ladite entité peut prendre l'apparence de n'importe qui, Annie n'a plus qu'une solution : fuir, sans espoir de lui échapper. Chef-d'œuvre paranogène, huis-clos à l'air libre, triple métaphore de la sexualité, du viol et de l'inéluctabilité de la mort, It Follows est la raison pour laquelle j'attends l'aube avec impatience. Pour passer le temps, je regarde Berberian Sound Studio (Peter Strickland, 2012), hommage postmoderne aux gialli, ces films d'horreur italiens des années 1970. C'est intelligent et ça ne fait pas trop peur.