Au moment de choisir un livre pour leur enfant adoré, la plupart des parents optent pour un truc consensuel, quelque chose comme le récit d'un poisson qui adore nager, vous voyez le genre. Mes parents, eux, me lisaient Les Contes de la souris chauve, un curieux petit livre, abondamment illustré et fait d'une succession de micronouvelles qui tiennent en quelques lignes. Un concept plutôt sympa, hélas miné par un léger problème : au fil des histoires, on se rend peu à peu compte que la souris chauve a des tendances sadiques.

L'un des premiers récits raconte qu'elle sort de chez elle pour peindre « Vive le chocolat » sur les murs, après quoi tous les enfants vont voter pour le chocolat. Une fois qu'il est élu maire, les enfants ne se contentent pas de l'applaudir : ils le lèchent, le mordent et le croquent en entier. À la fin, « Monsieur le maire reste autour de leurs bouches, sur leurs nez et leurs doigts ». L'illustration montre la souris chauve à côté de son funeste graffiti, l’œil torve, un sourire pervers sur les babines. Allez, bonne nuit les enfants, hein !

Tout le livre est à l'aune de cette première histoire : il y a celle de Dieu qui se rend compte que les roses ont des épines meurtrières et qui « trouve cela très drôle » ; celle de la petite fille qui tire la langue et sa langue se transforme en buisson. Une autre gamine, elle, reste dans son coin et ne parle à personne, car elle est méchante et personne ne l'aime. Conclusion de la nouvelle : « Comment s'appelait cette petite fille ? Elle s'appelait comme toi. » Boum, dix ans de psychanalyse dans les dents. Un reste de cocaïne au coin de la narine, la souris chauve enchaîne sur des histoires encore plus dingues, comme celle du garçon dont le bouton sur le nez enfle jusqu'à ce que le bubon plein de pus le soulève jusqu'au soleil, ou celle du mot « non » qui est dangereux car « il ressemble à des gendarmes qui emmènent un malheureux en prison ». Pas étonnant que j'aie si mal tourné et que je sois désormais journaliste à Canard PC.