Une fois, je suis sorti de chez moi. J'ai détesté. Dehors, il pleut, il vente, il fait trop froid, il fait trop chaud, il y a des gens qui gesticulent et même du caca par terre. Chez moi, par contre, rien à voir. Blotti dans mon appartement aussi étroit que chaleureux, j'enchaîne les mugs de thé et les grappes de raisin à l'abri d'un plaid épais. Une larme de bonheur coule sur ma joue tandis que des images de Fallout 2 défilent sur mes huit écrans d'ordinateur. Je me suis longtemps cru déviant, paresseux, une loque casanière. Il a fallu Chez soi pour que je me rende compte que l'amour porté à mon domicile n'était pas stupide. Qu'il était même légitime. Après tout, le foyer, c'est cette forteresse de plénitude qui nous permet de voyager en lisant, de faire des rencontres en vagabondant sur Internet, de restaurer nos forces en nous reposant. Et Mona Chollet ne fait pas que décrire les joies de la sédentarité grâce à un style élégant, nourri d'écrivains et d'écrivaines fabuleuses (j'ai terminé Chez soi avec une liste de lecture longue comme le bras). Elle raconte aussi les assauts que subit ce lieu intime, les batailles qui se déroulent en son sein, les enjeux qu'il soulève. Comment vivre dans les clapiers de 3 m² de Hong-Kong ? Qu'est-ce qu'embaucher quelqu'un d'autre pour entretenir notre logement dit de nous ? Posséder un palais avec trente salles de bain rend-il heureux ? Quelles luttes doivent mener les architectes chargés de penser la maison, les femmes qu'on assomme de corvées domestiques, les couples prisonniers de l'idéal du logement familial ? Chez soi répond à ces questions et fournit aussi aux casaniers et aux casanières pas mal de grain à moudre. Il trône désormais dans ma bibliothèque, où je le contemple à chaque fois que je suis pris d'une irrationnelle envie de sortir.